Histoire : Banette… ou comment faire du blé avec de la farine
Belle histoire d’entrepreneurs que celle de Banette, meuniers familiaux et indépendants désireux de redonner du goût au pain. En créant en 1979 un laboratoire d’analyse des blés, ils posent les bases d’une aventure entrepreneuriale qui transformera durablement la boulangerie artisanale française. Tout le monde y a gagné ! Quarante-cinq ans plus tard, la petite marque de farine qui a connu des hauts et des bas compte toujours 1500 boulangeries et est devenue l’une des plus connues de l’Hexagone.
Si la baguette est l’un des symboles les plus emblématiques de la culture française à l’étranger, peu de nos concitoyens connaissent l’aventure entrepreneuriale qui se cache derrière Banette, devenue au fi l des décennies une référence de la boulangerie artisanale française. « La marque trouve ses origines dans les années 1970, alors que les Français consomment de moins en moins de pain. Après la guerre, le pain blanc est devenu le symbole de l’abondance. Mais à force de privilégier les rendements et l’uniformité, la filière a fini par sacrifier une partie du goût. Avec l’usage de farine de fève pour blanchir la mie, le pain a peu à peu perdu ses arômes et son croustillant », explique Jean- Philippe Nicot, représentant de la cinquième génération à la tête de Nicot Meunerie.
Banette, une marque née à contre-courant
Désireux de redonner du goût et de la valeur au pain, plusieurs meuniers familiaux – parmi lesquels Nicot Meunerie, les Grands Moulins Storione et Axiane Meunerie – fondent en 1979, à Briare (45), le laboratoire d’analyse de blés Unimie. Leur ambition: sélectionner des blés de qualité et mettre au point une farine plus naturelle afin de renouer avec un savoir-faire boulanger de qualité. De ces travaux naît une innovation majeure: une farine sans fève, accompagnée d’un cahier des charges exigeant en matière de panification. Les meuniers imaginent alors un développement reposant sur un réseau de boulangers indépendants partageant les mêmes standards de qualité, une forme de franchise avant l’heure – sans droit d’entrée, sans redevance ni contrainte de sortie – qui donnera naissance deux ans plus tard à la marque Banette. « Les boulangers qui nous ont fait confiance partageaient tous la même ambition : faire mieux et proposer un pain de meilleure qualité. » À l’époque, cette démarche va à contre-courant des positions défendues par le syndicat de la meunerie, alors très influent. « Il considérait qu’une marque commune portée par plusieurs meuniers n’avait aucune chance de s’imposer. Pourtant, en l’espace de dix ans, l’ensemble de la profession a fini par abandonner la farine de fève », souligne Jean-Philippe Nicot.
Quand l’IA se met au service de l’artisan boulanger
Les années 1980 marquent un nouveau tournant pour la boulangerie artisanale. L’essor de la grande distribution rebattant les cartes du marché, Banette choisit de miser sur la notoriété de sa marque. À la fi n de la décennie, elle s’offre un spot publicitaire di usé à l’issue du journal de 20 heures présenté par Yves Mourousi, un créneau à très forte audience. Une démarche audacieuse pour l’époque, rapidement relayée en point de vente par un important dispositif de communication: enseignes, affichage des prix, sacs siglés et signalétique contribuent à ancrer durablement Banette dans le paysage français. Quarante-cinq ans plus tard, Banette s’appuie sur un écosystème complet associant laboratoire d’analyses, centrale d’achat, école de formation et offre de services. Cette logique de mutualisation permet aux adhérents de bénéficier d’outils et d’expertises qu’ils ne pourraient pas toujours développer seuls. « Notre rôle est de consolider le réseau et d’aider nos adhérents à développer leur activité. Nous mettons à leur disposition des outils clés en main pour animer les temps forts commerciaux, comme actuellement autour de la Coupe du monde de football. Ils restent libres de les utiliser ou non, mais l’objectif est de stimuler les ventes dans un contexte particulièrement tendu pour la profession », explique Aude de La Rivière, directrice marketing de Banette. Car le métier de boulanger n’échappe pas aux difficultés qui touchent aujourd’hui l’artisanat de proximité: concurrence accrue des réseaux de boulangeries comme Marie Blachère et ses offres agressives du type “3 baguettes achetées, 1 offerte”, hausse des coûts de production, tensions sur le recrutement ou encore problématiques de transmission des entreprises… Pour aider les artisans à gagner en compétitivité, Banette entend désormais enrichir son offre de services grâce à l’intelligence artificielle. « Demain, ces outils pourront aider les boulangers à optimiser leur planning, ajuster leur production ou encore anticiper les ventes en fonction de la météo. L’enjeu est simple : leur permettre de gagner du temps et en efficacité », conclut la directrice marketing.