Délais de paiement TPE et grandes entreprises - Deux poids deux mesures
Après deux ans de dégradation continue, le premier trimestre 2026 apporte un signal positif : les retards de paiement reculent légèrement, traduisant une forme d’accalmie dans les relations interentreprises. Et les petites entreprises sont de loin les plus réglos.
15,33 jours, contre 16,48 jours un an avant. Selon une étude récente*, les retards de paiement moyens, tous secteurs confondus, reculent légèrement au 1er trimestre 2026. « Les problèmes de trésorerie viennent parfois de grosses structures comme Bouygues, Eiffage… », constatait récemment un banquier que nous interrogions. Cette amélioration est justement portée par les secteurs de la construction et de l’agriculture. Longtemps critiquées pour leurs pratiques, les grandes entreprises semblent amorcer un changement sous l’effet de plusieurs pressions : renforcement des sanctions réglementaires, exposition médiatique accrue, prise de conscience de leur rôle dans les chaînes de valeur. Les entreprises de taille intermédiaire, en revanche, règlent près de 70 % de leurs factures avec un retard (de 1 à 30 jours), sans aucune amélioration notable sur deux ans. En absorbant les retards des grands comptes et en les transmettant aux PME et TPE, elles deviennent ainsi selon Ellisphere un point de blocage structurel du système de paiement.
64,37 % des TPE payent leurs factures à échéance
Le comportement des TPE en matière de paiement est le plus vertueux, même si leur discipline se dégrade (diminution significative du nombre de factures payées à échéance, en faveur des factures payées avec entre 1 et 30 jours de retard). Néanmoins, elles sont 64,37 % à payer leurs factures à échéance (contre 38,83 % pour les PME et 23,45 % pour les ETI) ; 29,65 % des TPE ont de 1 à 30 jours de retard (contre 51,16 % des PME et 69,20 % des ETI). Avec plus d’une facture sur deux payée en retard, les PME stagnent. La situation est variable selon les secteurs : si le commerce et la réparation d’automobiles et motocycles affiche les retards les moins importants (10,75 jours), l’hébergement-restauration fait partie des secteurs ayant les retards les plus élevés (19,95 jours), tandis que la construction affiche des délais proches de la moyenne (15,49 jours, en forte amélioration car -13,03 % sur 12 mois glissants).
Le système ne se dégrade plus… mais il ne se stabilise pas encore. « Pour les 3e et 4e trimestres, l’incertitude repose sur la capacité des principaux donneurs d’ordres à réceptionner et traiter proprement les factures de leurs fournisseurs au lancement de la facturation électronique. En effet, un déploiement raté (…) engendrerait en cascade des tensions de trésorerie sur les TPE/PME, [qui] provoqueraient mécaniquement un allongement du retard de paiement moyen dans ces deux catégories d’entreprises », observe Mikaël Delaporte, responsable du pôle expériences de paiement chez Ellisphere.
*Les focus éco, Ellisphere, avril 2026 ; « Les comportements de paiement des entreprises, T1 2026 ».