Difficultés d’entreprise – Ils sont là pour vous

, mis à jour le 11/06/2026 à 18h31
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Il y a eu près de 70 000 entreprises en défaillance en 2025 et la grande majorité des structures concernées ont moins de 10 salariés. Les solutions existent mais sont la plupart du temps abordées trop tard. N’attendez pas ! Voici une mallette de secours avec les ressources qui vous permettront de rebondir.

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« J’entends parfois l'entrepreneur dire : "Si ça se sait, je suis mort"… » évoque Nicolas Yakoubowitch, expert-comptable et président du CIP75 (Centre d’information sur la prévention des difficultés des entreprises). « Eh bien justement, non. Vis-à-vis de ses créanciers, c'est bien mieux de communiquer sur ses difficultés que ne pas répondre ou d’être dans le déni ! » Selon la Banque de France, les défaillances menacent 267 000 salariés et dirigeants. « On n’est plus dans un rééquilibrage post-Covid, mais face à une vraie crise de trésorerie structurelle », pose Gérald Barbier, président de la CCI Paris. Baisse d’activité, retards de paiement, difficultés à recruter ou à s’organiser... Pris en charge à temps, les premiers signes de vulnérabilité d’une entreprise peuvent être traités. Tout l’enjeu est justement d’anticiper la crise. « Le dirigeant ne doit pas rester seul. La solitude, c'est le chemin direct vers le pire », prévient Nathalie Ravet, directrice à la Banque de France (unité Paris-Bastille). Premiers réflexes, parlez à votre expert comptable (au courant des solutions) et à votre chambre consulaire (accueil et accompagnements dédiés). Organisée par la CCI Paris, une matinée spécifique a réuni le 4 juin dernier les acteurs de solutions concrètes pour les entrepreneurs. Selon le niveau des problèmes, qui fait quoi ? 

  • ALERTE (les charges augmentent, la trésorerie baisse)

« Si l’entrepreneur est endetté, c’est qu’il a des outils de production, qu’il a investi... Ces entreprises ont quelque chose à sauver », rappelle Nicolas Yakoubowitch. Soixante Centres d’information sur la prévention des difficultés des entreprises en France réunissant des experts bénévoles accueillent gratuitement les chefs d’entreprise en difficulté le jeudi (prise de rendez-vous en ligne). « Seulement 10 % des entrepreneurs qui viennent chez nous finissent en défaillance. Une des clés de la réussite d’une prévention est de ne pas atomiser son passif : c’est une erreur colossale de répartir la dette. Pour que la prévention réussisse, il faut que l’entreprise continue à fonctionner », prévient Nicolas Yakoubowitch.

Autre allié de taille pour prévenir les difficultés, le Tribunal de commerce ; le chef d'entreprise peut demander spontanément un entretien avec le président du tribunal pour faire le point sur sa situation, il peut aussi être convoqué. Pour l'aider, deux outils : le mandat ad hoc (très souple, un mandataire ou conseil est nommé afin de négocier les délais de paiement avec les créanciers) ou la conciliation (incompatible avec un état de cessation des paiements de plus de 45 jours). « On obtient des délais de paiement qui vont de 12 à 24 mois. Cela permet de réorganiser l’entreprise et de faire face aux créanciers ; c'est confidentiel », précise Christine Mariette, déléguée générale à la Prévention-Traitement des difficultés des entreprises (Tribunal de commerce de Paris). « Les créanciers sont sécurisés quand ils savent qu’il y a un mandat ad hoc ou une conciliation. C'est du gagnant-gagnant. » L’entreprise est en revanche plus à même de négocier elle-même avec ses fournisseurs. En cas de redressement judiciaire, « les délais vont jusqu’à plus de dix ans. Ces outils d’étalement des dettes sont assez exceptionnels », résume Nathalie Ravet. 

  • TENSIONS (dettes et retards)

En lien avec les différents acteurs spécialisés (Urssaf, tribunaux de commerce…), les Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) sont aussi là pour parer les difficultés des entrepreneurs. Le conseiller départemental aux entreprises en difficulté (CDED) s'occupe des entreprises de moins de 50 salariés ; le commissaire aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises (CRP) des entreprises à partir de 50 salariés (parfois un peu moins). « Un des problèmes est bien souvent une lecture trop financière de l’entreprise (ce qui rentre et ce qui sort). Il s’agit en réalité de pilotage, donc de se faire accompagner dans les prévisionnels à bâtir pour comprendre son business et anticiper les aléas », analyse Romain Bail, commissaire adjoint aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises (Ministère de l’Économie). Parmi les leviers à disposition, la médiation des entreprises (taux de succès de règlement des différends de 70 %), Bpifrance (notamment via la cession de créances Dailly), et les aides régionales (en Île-de-France, citons par exemple le chèque prévention ou la cellule de sauvegarde qui propose diagnostic et accompagnement).  

  • BLOCAGE (refus de crédit)

102 correspondants TPME sont là pour vous à la Banque de France afin de débloquer les situations bancaires et commerciales. Parmi les solutions dont ils disposent, la médiation du crédit permet une négociation neutre et à l’amiable (dénonciation de découvert, refus de rééchelonnement d'une dette, etc.) ; « si votre dossier est éligible, nous rentrons en relation avec tous vos partenaires bancaires », note Nathalie Ravet (taux de succès de 66 %). L’« espace dirigeant » Banque de France vous donne accès à votre cotation et à un diagnostic financier gratuit (OPALE). Si votre entreprise est « interdite bancaire », cela signifie qu’elle est inscrite au fichier central des chèques (FCC) ; Nathalie Ravet rappelle que ce n’est pas la Banque de France qui « fiche », mais les établissements de crédit. Avoir un compte bancaire est par ailleurs un droit ; « vous pouvez exercer votre droit au compte professionnel. Il y a une obligation légale de traiter votre demande en 24 heures. Un établissement de crédit est désigné par la Banque de France et vous avez ainsi les services bancaires de base pour pouvoir fonctionner a minima ». 

  • DÉGRADATION (retards fiscaux)

Ne vous inquiétez pas des changements de calculs visibles sur vos appels et relevés 2026 : « l’Urssaf applique une nouvelle assiette sociale unifiée », pointe Johana Castrique, directrice du recouvrement des travailleurs indépendants à Paris. En cas de retard en lien avec les échéances sociales, l’URSSAF propose des solutions via trois leviers d’accompagnement : le délai de paiement en cas de difficulté (taux de 93 % d’accord pour travailleurs indépendants), la remise des majorations de retard (qu’il faut avoir payées) et la médiation (gratuite  et indépendante). Les indépendants peuvent plus spécifiquement solliciter une modulation des cotisations en fonction de leurs revenus, l’aide sociale du Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (prise en charge totale ou partielle des cotisations sociales après étude), ou encore le dispositif « Help », coordonné avec la Sécurité sociale

« Nous faisons peur, mais nous sommes des êtres humains », rassure Godefroy Jumeau, un des deux conseillers départementaux de la capitale rattaché aux directions départementales des finances publiques. La mission des conseillers départementaux aux entreprises en difficulté est ainsi « d’analyser la situation des entreprises et de les orienter vers l’interlocuteur pertinent (les banques, les chambres consulaires, la médiation du crédit, etc.) ». En outre, la Commission des chefs de services financiers (CCSF) est faite pour étudier la possibilité de mettre en place un plan d’apurement du passif public (fiscal et social), en toute confidentialité. « À l'issue du plan, vous pouvez solliciter une remise des majorations et pénalités de retard », précise-t-il. 

Le mot d’ordre de tous ces médiateurs et dispositifs ? Vous aider le plus tôt possible. « Toutes ces structures sont bienveillantes », ajoute Nathalie Ravet. « Il y a beaucoup d’offres... » Vous ne pouvez pas passer à côté de celle qui pourra vous sauver. 

>Consulter l’outil « mes questions d’entrepreneurs » de la Banque de France ("Surmonter des difficultés").

« La grande majorité des entrepreneurs arrive trop tard chez nous, ils sont déjà en cessation de paiement… Il y a pourtant des leviers et une multitude d’acteurs ! » (Sorina Isac, juriste Entreprises en difficulté et coordinatrice régionale CCI Paris-IDF).

>Près de 19 000 défaillances au 1er trimestre 2026 (+ 6,4 % par rapport à début 2025) ; un niveau inédit qui hisse les défauts sur 12 mois au‑delà de 71 000.

>Défaillances d’entreprises par tranche d’effectif en 2025 :

  • Moins de 3 salariés : 51 281 (- 3,9 % par rapport à 2024)

  • 3 à 5 salariés : 9 015 (- 1,2 % par rapport à 2024)

  • 6 à 9 salariés : 4 056 (5,1 % par rapport à 2024)

(Source : Altarès, Étude de défaillances et sauvegardes des entreprises en France ; bilan 2025).

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