Santé mentale et entreprenariat - Les enseignements du sport
Les sportifs de haut niveau cultivent des qualités indispensables à l’entrepreneur : gestion du stress, résilience, persévérance, vision long terme… Voici les éclairages de plusieurs athlètes exceptionnels pour vous aider à piloter votre entreprise. Trois champions du monde. Rien que ça.
« Pour apprendre à marcher, un enfant tombe environ 500 fois », évoque Camille Lacourt, quintuple champion du monde de natation, illustrant ainsi que « quand on chute, on peut se relever... » Un mantra que les (futurs) entrepreneurs présents au salon Go Entrepreneurs 2026 connaissent bien, tant le parcours entrepreneurial peut être semé de cahots. Les gradins sont pleins pour l’écouter évoquer les clés qui lui ont permis de performer durablement dans un environnement exigeant et sous forte pression, en apprenant à composer avec les revers et les doutes. La première pierre à poser est celle de la décision pleine et entière, qui engage et sous-tend celles qui suivront. Une étape que le nageur a mûri peu à peu, et a franchi à 20 ans : « je passe alors de spectateur de ma vie au choix d’y aller, et ça définit beaucoup de choses. Il faut beaucoup de courage pour se lancer. » Dans le même ordre d’idées, pour donner aux porteurs de projet des bases solides avant de sauter dans le grand bain de l’entrepreneuriat (et prévenir le risque de défaillances), le réseau des CMA défend la mise en place d’un « passeport pour entreprendre », soit trois jours de formations obligatoires.
Détermination et objectifs atteignables
Après avoir rejoint l’entraîneur Philippe Lucas, Camille Lacourt découvre un nouveau niveau d’exigence, « cela m’arrivait de nager 100 km par semaine pendant un mois. » Premiers succès nationaux, une carrière internationale devient envisageable. Avec le recul, il confie qu’« un bon objectif est un objectif réalisable, concret, inscrit dans le temps. » L’objectif doit être sans cesse « nourri » : « on sait grâce aux neurosciences qu’un objectif reste 48 heures dans une "case" du cerveau ; si on ne réactive pas cette case par une action intermédiaire, le cerveau ne la considère plus comme une priorité. » Un but s’inscrit aussi dans une vision plus large. « Quand on est pris dans le quotidien de l’entreprise ou du sport de haut niveau avec un objectif à un an, on ne voit pas forcément l’importance du projet à 3, 4, 5 ans », nous confiait il y a quelques années Edgar Grospiron, triple champion du monde ski acrobatique (bosses) ; « mais quand on le voit, les objectifs à court terme reprennent sens, la routine est moins pesante. » Or beaucoup de patrons comme d’athlètes peuvent perdre de vue ce qui les a fait rêver. D’après le skieur, qui est président du Comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030, c’est pourtant le plaisir qui conduit à la performance. « Les patrons perdent la notion du plaisir car ils voient les problèmes à corriger et en oublient les points forts qui ont fait leur succès. Il faut capitaliser sur ceux-ci et les optimiser ».
Faire de l’échec un levier de progression
Les champions savent que l’échec fait partie de leur parcours. Arrivé quatrième aux Jeux olympiques de 2012, Camille Lacourt connaît ensuite la dépression. « Quand on est champion, l’échec est vécu comme un deuil ». Il décrit les étapes nécessaires pour rebondir (absorption du choc et réflexion) : « deux minutes de déni, puis colère contre l’entraîneur, et contre moi, ensuite cela se transforme en tristesse… Quand la tristesse est analysée, on peut apprendre et se relever. » Sincérité et lucidité sont indispensables : « accumuler des perceptions négatives entaille votre armure. Par exemple on ne "rattrape" pas, on fait juste quelque chose de positif. » Le nageur a pu rebondir vers les succès (notamment un double titre de champion du monde en 2013). Si l’échec fait partie de la vie, il permet donc de s’améliorer. La remise en question est constitutive du sportif comme du chef d’entreprise, qui passent leur temps à s’adapter aux aléas. Cyril San Nicolas, pâtissier qui a eu jusqu’à 17 salariés et deux affaires est passé du commerce physique à une école numérique au moment des confinements de 2020. « Nous ne devions pas démarrer aussi rapidement ! Nous avons saisi l’opportunité d’avoir beaucoup de personnes derrière des écrans… » Un pari gagnant, commencé par un groupe Facebook à succès, poursuivi par une plateforme de cours payants (coursdepatisserie.fr) et aujourd’hui l’artisan allie les cours à distance et en présence (laboratoire de 200 m2). Rebondir seul relève de l’impossible, selon le mythique gardien de but de l’équipe de France de football 98. « Ce que l’on recherche tous, c’est la confiance. Celle-ci est liée à la santé mentale et seul, on ne peut rien faire », assure Fabien Barthez. Après son titre mondial, il explique avoir traversé une période difficile : « la communication m’a sauvé. »
Une énergie canalisée
Les sportifs de haut niveau sont de nos jours accompagnés mentalement (psychologues, préparateurs mentaux…). « La préparation mentale est une stratégie pour atteindre l’objectif », pose le psychologue du travail Jean-Luc Douillard. Pour l’entrepreneur, prendre le temps d’aller voir un psychologue peut être un investissement. « Quand on se connaît mieux, on va puiser dans ses propres capacités, on fait de la fragilité une compétence » ; d’est d’autant plus important que les entrepreneurs individuels ont selon le psychologue une propension à être neurodivergents* (beaucoup sont hypersensibles). « Confiance en soi, estime de soi, autant de sujets qui m’ont permis de franchir la marche », ajoute Camille Lacourt. La gestion de soi et la recherche d’équilibre passent par l’organisation. Pour le nageur, la recette est simple : il s’agit de « faire les choses importantes et pas cinq choses à 20 %. » Comment ? « En étant monotâche, sachant que le cerveau est programmé pour cela. » La question du sens est primordiale. « Pour ne pas s’essouffler, il faut valider une de nos valeurs. On ne peut pas se diviser ; j’ai vécu un burn-out : le travail mis en place n’était plus en équilibre avec mes valeurs, mon cerveau me disait "je ne suis pas en accord" et je répondais "non, je vais y arriver". » Le footeux Fabien Barthez trouve aujourd’hui son équilibre via la natation, « ce sport d’apaisement est mon quotidien, c’est ma priorité. » Ainsi, avec de bons appuis (extérieurs et intérieurs), que l’on plonge avec un objectif de bien-être ou pour l’or aux Jeux olympiques, chacun peut être champion de sa vie.
*Personnes avec un fonctionnement cérébral différent de la norme (déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, haut potentiel intellectuel, spectre de l’autisme, etc.).
>40 000 à 50 000 décès par an sont attribuables à l’inactivité physique.
>Une activité physique régulière permet de réduire en moyenne de 30 % la survenue de plus de 40 maladies chroniques et de leurs complications.
>+ 7 ans d’espérance de vie en bonne santé grâce à l’activité physique régulière.
(Source : Fédération française sports pour tous, communication de juin 2026)