Profession esthéticien(ne) - Légiférer pour survivre
Menacé par une concurrence aux multiples visages, le métier tire de ses valeurs – formations pointues, ancrage humain et écologique – des arguments pour faire valoir ses droits. La coprésidente de la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté et spas (CNAIB-SPA) remet les points sur les i.
La branche de l’Esthétique-cosmétique est principalement constituée de très petites entreprises (97 % des entreprises avec au moins un salarié). Il y a aussi des entrepreneurs en solo (indépendants, micro-entrepreneurs), sachant que plus de 70 % des créateurs se lancent en micro-entreprise. « Ce régime peut se prêter à certains modèles d’exercice (activité à domicile et personnes seules), moins à celles qui s’installent en institut traditionnel », pose Nadège Dekenuydt, coprésidente de la CNAIB-SPA depuis 2024 (avec Martine Berenguel), et Meilleure ouvrière de France. Si ouvrir le métier aux hommes est un défi à relever (97 % de femmes), l’enjeu vital reste de clarifier le champ d’action des professionnels ; « la loi dit qu’il faut un diplôme pour exercer en cabine, mais la loi ne dit pas ce qu’est un soin esthétique. Cela n’a jamais été défini. » À l’heure où les nouveautés sont permanentes, c’est devenu un problème.
Pris entre deux feux
D’un côté, le secteur voit des professions médicales aller vers le champ de l’esthétique et de l’autre, des personnes s’installent sans être formées. Deux courants qui pénalisent l’exercice d’un métier pratiqué dans les règles de l’art. « Il y a des techniques qui sont dans une zone grise ; les nouvelles technologies esthétiques (la radiofréquence, le microneedling…) sont lucratives, mais relèvent-elles de la médecine ou de l’esthétique ? », pose Nadège Dekenuydt. Le microneedling est une technique pour stimuler le collagène, le renouvellement cellulaire, etc. ; plusieurs acteurs du marché contestent l’avis de la DGCCRF selon lequel elle relève du médical ; « les esthéticiennes savent très bien que l’injection n’est pas dans leur champ d’action ; là il n’y a pas d’effusion de sang ni de prise de risque. » Avant le décret du 24 mai 2024 relatif aux actes d’épilation à la lumière pulsée intense et au laser à visée non thérapeutique, une esthéticienne qui les pratiquait pouvait être condamnée pour exercice illégal de la médecine. « Nous travaillons avec la Haute autorité de santé sur un guide éclaircissant les pratiques », précise Nadège Dekenuydt.
Formation initiale et continue : indispensables
La non-définition du soin esthétique dans la loi engendre aussi la déréglementation de certains actes, comme la prothésie ongulaire ou le massage… En caricaturant à peine, un client peut aujourd’hui aller voir un masseur qui s’est improvisé tel après avoir vu des tutoriels sur YouTube. A contrario, le professionnel aura, après son CAP, obtenu un brevet professionnel ou un bac pro, qui forment aux soins du corps. BTS et brevet de maîtrise poussent encore plus loin les compétences. « Il y a aussi des certifications de branche : spécialisations pour aller vers le spa, la prothésie ongulaire… », précise Nadège Dekenuydt. Hygiène et sécurité sont ainsi garanties. « Le droit d’exercer doit être proportionnel aux compétences acquises. Il s’agit de donner un cadre global, définir les notions pour clarifier ce qui est soumis à qualification. Nous sommes ouvertes pour travailler sur des niveaux de qualification supérieurs au CAP pour tout ce qui est technologique. Nous voulons une approche pragmatique. » Cette situation a en effet des conséquences délétères sur le tissu entrepreneurial : TPE qui peinent à revendre leur fonds, micro-entrepreneurs qui tirent les prix vers le bas, difficulté à garder les salariés… Paradoxes d’un marché du bien-être en plein essor ! La prise de conscience écologie est par ailleurs dans l’ADN du secteur, avec le lancement dès 2013 du label « Mon institut responsable pour une beauté durable ». « Notre matière première est le client lui-même ; nous travaillons sur du vivant, sommes formés à comprendre l’interaction chimique entre le vivant et le cosmétique... » Des connaissances qui ne s’improvisent pas.
Carte d’identité du secteur
- Près de 110 000 entreprises recensées.
- 3,75 milliards d'euros de chiffre d’affaires.
- 93 % des apprentis de la branche sont formés dans des entreprises de moins de 11 salariés.
- 63 % des entreprises proposent aujourd'hui des soins intégrant des technologies avancées.