Cyber-risques – Surfez couverts
Octobre est le mois européen de la cybersécurité, avec une communication renforcée et diverses initiatives sur tout le territoire. C'est l’occasion de vous rappeler les bonnes pratiques en la matière.
Mi-octobre, les installations de réfrigération de plusieurs centaines de supermarchés français ont été cyberattaqués via leurs contrôleurs à distance. La même chose pourrait arriver à votre chambre froide... Qui dit Internet, dit attaques potentielles, aux multiples visages (pas seulement réfrigérées). « La petite entreprise est focalisée sur ses revenus et, en gros, la question de la cybersécurité vient polluer le dirigeant », observe Lofti Benyelles, responsable de l’offre Conseil et Formation à l’Afnic, qui côtoie les TPE depuis de nombreuses années. « Elle a beaucoup d’autres sujets à gérer », abonde Franck Bataille, président de la commission Numérique & Innovation au sein des Entrepreneurs et lui-même chef d’entreprise (10 salariés) ; « notre objectif est de faire comprendre aux dirigeants que ce n’est pas un sujet numérique : c’est leur activité qui peut être mise en péril. »
Tous concernés
« Aujourd'hui, penser que parce qu’on est une entreprise de niche de cinq personnes, on ne risque rien, n’est plus vrai », pose Laurent Verdier, directeur Sensibilisation et pédagogie chez Cybermalveillance.gouv.fr. « Les cibles sont censées avoir deux choses : de la trésorerie et héberger de la donnée (la leur et celle de leurs clients)… ». Donc potentiellement tout entrepreneur. De la même façon, la directive européenne NIS 2*, socle commun européen d’obligations de cybersécurité qui concerne de grosses entités, peut impliquer une petite entreprise. « Une TPE industrielle de dix salariés au fin fond du Loir-et-Cher peut être amenée à se mettre en conformité si elle a un client assujetti à tout ça », précise Franck Bataille. « Si elle a besoin d’accéder au système d’information de la grande entreprise au-dessus, on lui demandera d’avoir une identité protégée, une double identification, etc. » Quel que soit le niveau de protection à adopter, le meilleur moyen de parer à une cyberattaque, c’est de l’anticiper.
Des outils en ligne gratuits
Il s'agit d'abord de s’intéresser au sujet, en intégrant ses collaborateurs, tous concernés aussi. « Nous proposons un ensemble de ressources et de supports méthodologiques qui permettront au chef d’entreprise d’être au courant des attaques les plus courantes et ainsi de se protéger », explique Laurent Verdier. Le chef d’entreprise peut commencer par parcourir le site cybermalveillance.gouv.fr de long en large, puis par suivre l’e- sensibilisation SensCyber (gratuite, sur inscription, et qui ne nécessite aucune compétence technique). Le guide de cybersécurité à destination des dirigeants de TPE, PME et ETI présente de façon détaillée les principales attaques et leurs caractéristiques, le plan d’action à mettre en place en cas d’atteinte, etc. La très pédagogique MalletteCyber Pro aide les TPE-PME et leurs collaborateurs à mieux comprendre les risques cyber et à adopter les bons réflexes à travers différentes activités. « Tout cela, nous le proposons aux chefs d’entreprise, mais on ne peut pas le faire à leur place ! » L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) propose un diagnostic cyber gratuit et accompagné aux entreprises qui souhaitent mettre en œuvre une première démarche de cybersécurité. À vous de jouer pour déjouer les pirates. Car en cas d’attaque, « c’est la panique à bord », constate Laurent Verdier. Rendez-vous alors immédiatement sur l’assistance en ligne du 17cyber.gouv.fr. « C’est complètement anonyme et la priorité est de fournir des solutions. »
*Network and Information Security 2.
Les vulnérabilités
Les 21 et 22 octobre 2026, de nombreux sites internet ont été mis hors ligne à la suite de la découverte de deux failles de sécurité critiques dans PHP. Il s’agissait d’une réaction préventive à une vulnérabilité susceptible de permettre des piratages à grande échelle. Explications.
« Les accès frauduleux dans les systèmes d’information sont possibles, techniquement parlant, par des exploitations de failles, ou vulnérabilités, explique Laurent Verdier. Quand un éditeur créé un logiciel, il va tenter de le mettre à niveau par rapport aux méthodologies d’attaques connues au moment de la sortie du logiciel, mais il ne peut pas anticiper ce qu’il va se passer dans les années qui viennent… » La principale recommandation est ainsi d’effectuer les mises à jour de sécurité de tous les logiciels utilisés. Une « AlerteCyber » a été déclenchée pour les failles du langage de programmation PHP et les organisations patronales ont relayé l'information à leurs adhérents (ce dispositif est lancé dès lors qu’une menace ou une faille critique est identifiée conjointement par l’ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr). « Il faut que la vulnérabilité soit grave et surtout que des correctifs existent. Le but est de donner des solutions. » Les correctifs ont été publiés mercredi 21, « alors que des millions de tentatives d’exploitation de ces failles avaient déjà été signalées », explique Shane Barney, Chief Information Security Officer chez Keeper Security, qui souligne l’ampleur de cet incident : « PHP est utilisé aussi bien pour les sites de multinationales que pour ceux d’organismes publics ou d’entrepreneurs individuels, et la plupart des personnes chargées de leur gestion (…) dépendent de leurs hébergeurs, de leurs extensions et de leurs agences pour rester à jour ».
>Plus de 27 000 professionnels sont venus chercher une assistance sur 17 Cyber.gouv.fr en 2025 ; 87 % des demandes d’assistance reçoivent une réponse d’un prestataire référencé en moins d’1 heure.
>39 % des TPE-PME déclarent avoir subi au moins un incident de cybersécurité au cours des douze derniers mois, tandis que 53 % des dirigeants craignent la perte ou le piratage de leurs données.
23 % déclarent avoir souscrit une assurance cybersécurité.
84 % disposent d’au moins une mesure de cybersécurité, notamment un antivirus (80 %) ou une sauvegarde externe des données (67 %). Le recours à l’authentification multi facteurs progresse fortement pour atteindre 39 % (+ 7 points).
(Source : Baromètre France Num 2026, Direction générale des entreprises, septembre 2026).
>80 % des TPE-PME reconnaissent ne pas être préparées à une cyberattaque ou l’ignorer.
(Source : 2ᵉ Baromètre national de la maturité cyber des TPE-PME, OpinionWay pour Cybermalveillance.gouv.fr, octobre 2025).
Le podium des menaces
1. Le piratage des comptes en ligne. « Ils sont protégés par des mots de passe trop simples ou un mot de passe unique pour l’ensemble des comptes... Les informations y sont nombreuses et les malfaiteurs vont s’en servir contre vous ou vos contacts », explique Laurent Verdier. Le piratage a remplacé sur cette plus haute marche du podium le rançongiciel (ransomware), petit logiciel malveillant qui s’introduit dans le système d'information de l’entreprise (via une pièce jointe piégée, un clic sur un lien frauduleux…) et rend inexploitable l’ensemble des données ; « il ne faut surtout pas payer la rançon », précise l’expert.
2. Le hameçonnage, par faux mail, SMS, téléphone… La victime est trompée via une usurpation d’identité (fournisseur, banquier…) et fournit des données confidentielles (éléments financiers, mots de passe…).
3. La fraude au virement. « Elle a pris une dimension très inquiétante en 2025. Les entreprises sont des cibles de choix. Les attaquants génèrent un virement imprévu ou détournent un virement prévu, et l’entreprise est amenée à effectuer un virement qui atterrit qui sur un compte bancaire, souvent à l’étranger », poursuit Laurent Verdier.
(4. Juste derrière, vient la violation de données ; via le piratage d’un tiers, vos données internes sont exfiltrées pour une utilisation frauduleuse.)