Avec les champions français, à deux mois des WorldSkills de Shanghai
Du 22 au 27 septembre 2026, à Shanghai, auront lieu les 48e Olympiades des métiers/WorldSkills, qui mettront en avant l’excellence des filières professionnelles techniques et technologiques. Environ 1400 compétiteurs, plus de 70 pays et régions participants, 64 métiers, 150 000 spectateurs annoncés par jour… Nous prenons la température estivale auprès de trois champions français.
En provenance de dix régions et représentant 32 métiers, les 36 jeunes français sont engagés dans un cycle de préparation intense. « Je n’aurai pas de vacances cet été », pose Juliette Avrillon, 19 ans, qui vient d’obtenir son brevet professionnel ; « j’ai arrêté de travailler et j’ai donc la chance d’être à 100 % dans la compétition. » Même son de cloche pour Antoine Nivault, candidat boulanger, qui va passer l’été à répéter les mêmes gestes ; « en ce moment, le programme c’est entraînement et fatigue. »
Un été studieux
En plus de leur programme personnel, élaboré avec l’expert métier qui les accompagne (voir encadré), les jeunes ont participé à des regroupements de préparation physique et mentale avec l’ensemble de l’Équipe de France et l’encadrement (à Paris, Nantes et au CREPS de Lille début juillet). « Il s’agit d’adaptation au décalage horaire, etc. Nous sommes à un niveau où le moindre détail fera la différence », évoque Louis Sontot, plombier-chauffagiste en première année de BTS, dont le planning a été « prévu bien en avance pour les neuf mois de préparation. » Chaque candidat vit aussi a minima une expérience d’entraînement à l’international. Louis a passé une semaine en Corée du Sud avec son homologue coréen et leurs experts. Grâce aux sponsors du BTP, il s’est aussi rendu à Birmingham en juin, à l’occasion d’un grand salon de la plomberie. Juliette ira en Angleterre, Antoine est allé aux Pays-Bas. Même s’ils sont dans la dernière ligne droite, les candidats sont davantage centrés sur leurs objectifs qu’envahis par le stress. « Pour l’instant (mi-juillet, NDLR), je sors des temps réglementaires lors des épreuves blanches, or finir en retard sera éliminatoire », se préoccupe Antoine Nivault. « Ça fait peur de défendre la France, qui est le pays du pain, mais nous sommes en train de caler les produits à faire, donc je n’ai pas le temps d’y penser ! » Juliette Avrillon n’est « pas encore prête » non plus ; « nous sommes sur les détails et les stratégies à employer le jour de la compétition. »
Ambiance de ouf
D’après nos échos, la mayonnaise entre les membres de l’équipe de France a particulièrement bien pris cette année. « L’ambiance est géniale ; nous avons tous le même objectif, nous partageons beaucoup et nous motivons », observe Juliette, l’une des trois seules filles de l’équipe. Tous ont suivi un parcours exigeant : sélections régionales puis nationales (à Marseille en octobre 2025) ; « les trois premiers aux épreuves nationales sont ensuite départagés ; l’épreuve nationale compte pour 40 %, le stage de sélection qui suit pour 40 % et les 20 % restants sont des soft skills (attitude, réaction au stress, etc.). Je suis ainsi arrivé deuxième à Marseille et suis repassé devant à la sélection définitive », raconte Louis Sontot. Les membres de l’équipe de France sont parfois rodés aux concours, comme Juliette (Meilleure apprentie de France, membre de l’équipe de France de coiffure, 5e place mondiale en couleur créative en 2024). Et parfois moins. Antoine Nivault, qui a obtenu son brevet de maîtrise en juin dernier, s’est « réveillé » récemment grâce aux sélections WorldSkills ; « je me suis inscrit pour rattraper le niveau des autres en classe, car j’étais très faible. J’aime beaucoup la compétition et en un an et demi, j’ai évolué très rapidement ! »
Une formation à l’excellence
La compétition pousse chaque candidat dans ses retranchements. Louis, qui est à la fin de sa première année de BTS, a pris des responsabilités dans l’entreprise où il travaille et œuvre dans le bureau d'études. « Je gère avec le patron, fais des plans, de la planification de commandes, etc. Pour la partie "terrain", j’ai les WorldSkills. Les épreuves sont très exigeantes, précises, il y a beaucoup de calculs, il faut gérer la charge de travail. » L’épreuve dure trois jours avec différents travaux à effectuer (lavabo à raccorder, sanitaires, évacuations…) ; il y a par exemple « beaucoup de technicité en façonnage : pour le cintrage d’un tube, ils mesurent l’angle, l’état du cintre, la longueur bout à bout... » Les épreuves réunissent les dernières technologies (miroirs connectés pour la coiffure…), et les matériaux sont liés au pays d’accueil. « Cela nous apprend à nous adapter. Nous travaillons le polyéthylène haute densité (PEHD) collé pour les évacuations ; en France, on ne travaille pas du tout de cette manière ! » La compétition donne aussi de l’assurance à Louis ; « en temps que chargé d’affaires, je suis avec des hommes qui ont plus de 50 ans. Je me sens qualifié. » Il se tisse aussi grâce aux WorldSkills un réseau (partenaires outillage…) et souhaite poursuivre son apprentissage par une licence. « Quand je suis dans l’épreuve, plus rien n’existe autour, il n’y a que mon projet et moi. Je suis contre moi-même, et pas contre les autres car c’est mon travail qui me fera évoluer », pointe Juliette, qui a comme ses camarades une vision aiguisée du savoir-faire. « Ce que j’aime, c’est aller vers l’excellence pure de nos métiers. C’est ce qu’on recherche dans l’artisanat. »
L’expert, un don en nature
Les candidats ont tous à leur côté un expert métier, qui est un véritable coach personnel (qui fera partie du jury). Thierry Haag (coiffeur à Réding, en Moselle), qui fut coach de l’équipe de France de coiffure et a huit coupes du monde au compteur, encadre Juliette Avrillon. Un investissement intense et bénévole qui correspond « à un mi-temps ces six derniers mois » : cours d’anglais technique en visio, programme de formation, suivi, stages techniques partout en France... « J’ai créé une équipe "métier" de huit personnes qui s'occupe de Juliette (anciens compétiteurs, professionnels chevronnés…). » WorldSkills France, c’est aussi tout une équipe d’encadrement. « C’est une aventure humaine exceptionnelle. Tous ces métiers forment une grande famille, avec des difficultés qui souvent se ressemblent. Nous détricotons toutes sortes de situations pour mieux performer et c’est très enrichissant. » Si en France les experts sont bénévoles, ce n’est pas le cas dans d’autres pays. « Au Luxembourg, l’expert est salarié ; en Chine ou en Corée en cas de victoire il y aura des milliers d’euros redistribués... »
Le palmarès révèlera ce qui est le plus "payant".
« C’est une chance exceptionnelle de représenter la France, mais aussi l’excellence de métiers qui ne seront jamais remplacés par l’IA. On peut faire le tour du monde sans prise électrique, avec nos mains et nos ciseaux pour nous exprimer »
(Thierry Haag, expert métier pour la coiffure).