Facturation électronique : J-1, confusion x 10
J -1 avant l’entrée en vigueur de la réforme de la facture électronique, destinée principalement à lutter contre la fraude à la TVA. Fin août, plus d’une entreprise sur deux était inscrite à une plateforme, contre une sur six en mai. Les entrepreneurs français ont « passé la seconde », mais les dernières études révèlent que la réforme reste mal comprise des petites structures.
Le 1er septembre, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être capables de recevoir des factures électroniques ; l’obligation d’émission ne s’appliquera aux TPE et PME qu’en septembre 2027. Selon un récent baromètre*, le nombre d’inscriptions à une plateforme agréée a bondi de 900 % entre décembre 2025 et août 2026, passant de 1,1 million en mai à 2 millions en juillet puis 3,8 millions en août. Chez Tiime (outil et plateforme agréée de facturation électronique), les activations ont progressé de 42 % entre le 26 juin et le 28 juillet. Pas question de repousser encore le calendrier ; « les entreprises ont besoin de stabilité et de visibilité », rappelait le 27 août Damien Charrier, président du Conseil national de l’ordre des experts-comptables. La DGFiP a en outre annoncé une période de tolérance jusqu’à la fin de l’année 2026 pour les entreprises de bonne foi rencontrant des difficultés de mise en conformité.
Les TPE, et les autres
58 % des 7 millions d’entreprises en activité sont désormais prêtes** mais ce chiffre cache certaines disparités ; plus une entreprise est petite, moins elle est au fait de cette nouvelle mesure. Si la majeure partie des entreprises sous statut sociétaire prévoient d’être prêtes à temps (72 %), les entreprises individuelles et micro-entreprises sont à la traîne (46 %). Le retard est aussi numérique : 64 % de ces entreprises établissent encore leurs factures avec Excel, Word ou à la main. Dans l’industrie et la construction, ce taux atteint 86 %.
Connue par beaucoup, comprise par peu
C’est l’un des paradoxes de cette échéance : la réforme est très largement identifiée (91 % des dirigeants en ont entendu parler, soit dix points de plus qu’en mars), mais seuls 37 % déclarent savoir exactement ce qu’elle contient**. Surtout, 24 % pensent ne pas être concernés et 14 % ne savent pas s’ils le sont ; et seulement 57 % des entreprises individuelles, notamment les micro-entreprises, se considèrent concernées ! Beaucoup associent l’échéance à 2027, alors que l’obligation de réception intervient dès… demain. « Le vrai sujet n’est pas la difficulté de la démarche, c’est un malentendu de calendrier », relevait déjà fin juillet Maxime Digue, cofondateur de Tiime. L’incompréhension se double d’une inquiétude sur les conséquences de la réforme : 71 % des dirigeants pensent qu’elle alourdira leur charge administrative (82 % chez les entreprises de 3 à 9 salariés), tandis que 73 % ne souhaitent pas partager leurs données de facturation avec l’État.
Un frein informationnel
Parmi les entreprises non équipées, 32 % ne savent pas quelle plateforme agréée choisir (47 % des entreprises de 3 à 9 salariés) et 27 % manquent de temps**. L’alibi du budget n’est cité que par 22 % des dirigeants alors que 43 % d’entre eux placent la gratuité au premier rang de leurs critères. 26 % des entrepreneurs jugent qu’une solution devrait réellement coûter zéro euro ; les autres acceptent l’idée de payer, avec un prix considéré comme juste de 48,10 euros par mois en moyenne. Le frein n’est donc pas tant le prix que le mode d’emploi. Avec plus de 148 plateformes agréées par l’État, choisir un outil, comprendre son obligation et savoir comment s’y raccorder constituent encore des obstacles... « Les TPE vont entrer dans une réforme coûteuse, complexe et encore source d’interrogations sur la sécurité des données. (…) Les professionnels de bonne foi ne doivent pas devenir les victimes des difficultés de mise en œuvre d’une réforme qu’ils n’ont pas choisie », rappelle Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des indépendants et TPE.
* Baromètre de la facturation électronique, Indy, août 2026.
**Sondage OpinionWay/Tiime réalisée auprès d’indépendants et de TPE au mois d’août 2026. Sauf indication contraire, valable pour les chiffres qui suivent.
>71 % des dirigeants pensent que la réforme va alourdir leur charge administrative ; un chiffre qui monte à 86 % chez les entreprises de 10 à 19 salariés et 82 % chez les 3 à 9 salariés.
>47 % des dirigeants pensent que la réforme va raccourcir les délais de paiement de leurs clients, un bénéfice concret et tangible pour la trésorerie. Ce chiffre grimpe à 85 % chez les 10-19 salariés.
(Source : Sondage OpinionWay/Tiime réalisée auprès d’indépendants et de TPE au mois d’août 2026).
3 pays, 3 façons de faire
Bruxelles pousse vers un système commun de facturation électronique et de transmission de données à l’échelle de l’Union européenne. Chaque État membre garde cependant la main sur son calendrier de transposition.
>En Belgique, même date pour tous ! Depuis le 1er janvier 2026, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille ou leur secteur, doivent émettre et recevoir leurs factures entre elles au format électronique. Il n’y a pas de période de tolérance.
>En Pologne, la bascule est progressive. Selon le chiffre d’affaires, plusieurs échéances : au 1er février 2026, puis dès le 1er avril 2026 pour la quasi-totalité des entreprises restantes (avec une dernière échéance au 1er janvier 2027). Période de tolérance jusqu’à fin 2026.
>En Allemagne, on est moins moderne et moins pressé. Toute entreprise doit être en mesure de recevoir une facture électronique depuis janvier 2025 (mais une simple adresse électronique suffit). L’émission reste ouverte aux formats papier ou électroniques classiques jusqu’en 2027 (pour les plus grosses entreprises ; les autres auront jusqu’en 2028 pour basculer au format structuré).
(Source : communiqué d’Avalara - Greg Chapman, vice-président exécutif)