Reprise - Une histoire de cœur qui se passe au lit

, mis à jour le 28/04/2026 à 19h06
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Quentin Motte, Catherine et Stéphane Westelynck.

Stéphane Westelynck pensait céder son entreprise de literie à ses enfants, mais c'est finalement un repreneur étranger au secteur qui reprendra les rênes. Un récit qui illustre que l’un des facteurs essentiels d’une transmission réussie, c’est l’humain.

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L’arrière-grand-père de Stéphane Westelynck était bourrelier-harnacheur, son fils bourrelier, son fils bourrelier-matelassier. De tapissier-matelassier quand il a repris l'entreprise, il est devenu litier (le lit de A à Z : conception et fabrication, livraison et service après-vente). « J’avais tout préparé pour que l'un de mes deux enfants reprenne, ou les deux, mais ils n’ont pas souhaité plonger. La reprise n’a rien de génétique. » À la même période - nous sommes au moment du Covid -, Quentin Motte, depuis treize ans chez Konica-Minolta, s’interroge sur le sens de son travail. « Ça marchait bien et je restais d’année en année. Je me suis alors demandé ce que j’avais envie de faire… Du jour au lendemain, j’ai dit à mon épouse : "je vais reprendre une société" ; je ne voulais pas me réveiller à 55 ans en me disant que je n’avais pas essayé. »

La rencontre

Avant que ces deux-là ne se voient, chacun a fait son bout de chemin. Stéphane croit trouver un repreneur en la personne d’un concurrent, mais les choses traînent, les comptes sont épluchés…  « J’ai eu l’impression d’être été à poil pendant six mois, ce fut très désagréable. » Il se tourne alors vers les services dédiés de la CMA et la CCI. De son côté, Quentin se forme pendant trois semaines au C.R.A. (Cédants et repreneurs d’affaires), à Paris, puis s’entoure d’experts pour l’accompagner dans sa compréhension des dossiers (avocat pour le juridique, cabinet comptable spécialisé dans la reprise) ; « je n’ai pas forcément l’expertise pour voir s’il y a un souci dans les stocks ou dans la valorisation de l’entreprise... » Ses intermédiaires sont de gros cabinets privés (avec un département fusion-acquisition), la CCI… qui le contacte. « Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant : "je vais reprendre une société de literie", c’est une histoire d'hommes, de personnes. »

Une confiance réciproque 
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Fabrication

La literie Westelynck est une petite société familiale installée à Borre (Nord), avec un savoir-faire traditionnel. « Stéphane et Catherine Westelynck m’ont raconté leur histoire, il y a une fierté… J’ai mordu à ça. » La confiance qui s’instaure réduit le risque financier de Quentin. « La confiance est indispensable, c’est tellement facile de cacher des choses… S’il y a un doute, il ne faut pas y aller ! Par exemple, pendant le Covid, l’activité de la literie a augmenté de manière significative et Stéphane, transparent, m’a dit de ne pas prendre en considération le chiffre de cette année. » À l’image de son patron, la compta de l’entreprise est saine, la valorisation au juste prix. « Normalement le ratio apport-prêt c’est 30 %-70 % ; moi c’était 15 %-85 %. » Il est soutenu par Bpifrance et le Crédit agricole, qui était la banque de Stéphane et connaissait la literie, son historique. « Si la valorisation est bonne, si elle correspond à ce que la société dégage, il n’y a aucune raison pour que la banque ne suive pas. » 

La complémentarité avant l’envol
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Couture

Quentin arrive dans l’entreprise fin 2024 et Stéphane l’accompagne pendant un an (salarié à temps complet, puis à mi-temps, puis toutes les deux semaines…). « Nous sommes deux opposés. Il est très technique ; ma valeur ajoutée est le développement commercial. » Le plus important pour Quentin est de maîtriser la partie technique d'abord, il se laisse deux ans. Il commence aujourd’hui à s’atteler au commercial : le e-commerce représente 10 % du chiffre d’affaires ; un deuxième point de vente va bientôt ouvrir dans la métropole lilloise... Et quand on lui demande de porter un regard sur cette aventure, le dirigeant de la literie Westelynck (1,3 million de chiffre d’affaires, 10 salariés) confie dans un cri du cœur : « J’aurais dû le faire cinq ans avant ! Je suis content, heureux de me lever tôt et de partir tard... Reprenez, reprenez, reprenez ! »

« Quand on arrive, on veut tout révolutionner, et finalement il faut avoir l’humilité de se dire : "d’abord, apprenons, puis stabilisons" » (Quentin Motte, dirigeant de la literie Westelynck)

Conseils pour les repreneurs

>Quentin Motte : « Se former est indispensable quand on veut reprendre, il faut comprendre comment cela fonctionne. Ensuite, soyez toujours entourés : au moment de la reprise et ensuite via différents réseaux (Entreprendre, l’association APM, le CJD…). On ne peut pas être bon partout, faites-vous conseiller. »

>Stéphane Westelynck : « Il faut que la mariée soit belle, et saine. J’ai toujours été très bien noté à la Banque de France. »

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