Recouvrement de créances commerciales : nouvelle procédure
Dans un contexte de dégradation persistante de la trésorerie des entreprises, l’Assemblée nationale a entériné le 10 avril une nouvelle procédure, simplifiée, de recouvrement des factures non payées (sans contestation du client).
Pour faire face aux impayés, les entreprises devaient jusqu’ici arbitrer entre trois principaux leviers : l’injonction de payer (auprès du tribunal de commerce), le crédit bancaire ou encore l’affacturage (frais). La loi adoptée crée une voie déjudiciarisée, ciblée sur les seules créances commerciales certaines, liquides et exigibles, n’ayant fait l’objet d’aucune contestation. Inspirée de la procédure simplifiée applicable aux petites créances, cette nouvelle procédure se distingue par son champ limité aux relations entre commerçants, son engagement même en cas de silence gardé par le débiteur, l’absence de seuil de montant et son articulation avec les tribunaux de commerce, garantissant lisibilité et sécurité juridique pour toutes les parties.
À la demande du créancier, le commissaire de justice engage la procédure et adresse un commandement de payer au débiteur. À ce stade, le débiteur peut soit reconnaître la dette (le cas échéant en s’accordant sur des modalités de paiement), soit la contester. En l’absence de contestation, un procès-verbal de non-contestation est dressé par le commissaire de justice puis revêtu de la formule exécutoire par le greffier du tribunal de commerce : la créance peut alors être recouvrée directement et rapidement par le commissaire de justice. À chaque étape, le droit au recours du débiteur est intégralement garanti (après l’obtention du titre exécutoire, l’opposition se fait auprès du tribunal de commerce).
Les actes et formalités créés par cette loi feront l’objet d’une tarification par arrêté pris conjointement par le ministre de la Justice et le ministre de l’Économie. « En tout état de cause, la charge finale des frais pèsera sur le débiteur », nous indique le service juridique de la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ). Côté délais, il faut compter 5 à 7 semaines pour cette nouvelle procédure (versus 2 à 6 mois pour l’injonction de payer, sans compter la contestation).
La procédure offre ainsi une alternative amiable et lisible à l’injonction de payer, reposant sur l’intervention d’officiers publics et ministériels, soumis à des obligations strictes de déontologie et de responsabilité.
« Cette procédure répond à une attente très opérationnelle des entreprises : pouvoir obtenir le paiement de leurs factures incontestées rapidement, sans engager un contentieux, sans renoncer à la créance, et sans recourir à des solutions externes coûteuses. C’est une avancée utile pour la trésorerie, mais aussi pour la qualité des relations commerciales. » (Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de justice).
-La pérennité financière d’une entreprise sur deux (53 %) a déjà été menacée par des impayés.
-45 % des entrepreneurs estiment que recouvrer est devenu plus difficile qu'il y a 5 ans.
-La moitié des entreprises (49 %) a déjà dû retarder le paiement de ses fournisseurs ou salaires à cause d'un client en retard.
-71 % des entreprises sont dépourvues de logiciel dédié au recouvrement, email et téléphone restent la norme.
(Baromètre Payt x Ipsos, mars 2026)