Artisan à vélo - Le bonheur organisé
Le vélo faisait partie du concept d’entreprise du plombier de 32 ans, qui s’est lancé fin 2024 ; professionnalisme et intégrité font son succès, plus que la façon dont il se déplace... même si cela parle (beaucoup) pour lui !
« Hier, en circulant, j’ai croisé quatre personnes qui ont pris mon numéro ; pour deux d’entre elles, il a fallu intervenir tout de suite… », évoque Thomas Pinoteau, alias Tom le Plombier, qui ne passe pas inaperçu quand il roule sur son vélo-cargo floqué de son sympathique logo. « Ça vaut mieux que faire des posts Instagram », s’amuse celui qui, en termes de communication, a un site Internet pour « rassurer le client » et est aussi sur Facebook (sans oublier l’indispensable fiche Google My Business et un compte Instagram). Son destrier reste son meilleur ambassadeur de proximité et il ne compte plus les « je vous ai pris parce que vous étiez à vélo » entendus.
Pas d’idées préconçues
Depuis ses débuts en novembre 2024, Thomas a 6000 km au compteur. « J’ai grandi en Essonne et je ne me voyais pas avec un véhicule dans Paris, bloqué en permanence... » Il ne se voyait d’ailleurs pas non plus plombier. C’est après plus de dix ans sur des chantiers ferroviaires (SNCF, Vinci), et plus particulièrement après un dernier poste avec « une énorme pression et pas de moyens » qu’il choisit l’indépendance, en suivant le précepte de son grand-père qui lui disait que « plombier » était un métier d’avenir. Il obtient son CAP en candidat libre en juin 2024 ; en suivant en VTT un plombier à vélo lors d’un stage, il est convaincu. « J’ai compris le potentiel et tout l’intérêt de travailler à vélo en Île-de-France. » Il commence avec le statut de micro-entrepreneur et passe en société en janvier 2026, pour avoir un salaire et assurer un projet d’achat de maison. Ses clients sont principalement des particuliers, mais il travaille aussi en sous-traitance sur quelques chantiers.
L’atout vélo-cargo
Les différences entre exercer le métier avec une camionnette ou à vélo tiennent en deux mots : le temps (gagné) et l’organisation (indispensable). « Pour traverser Paris de part en part et aller de Boulogne-Billancourt, où j’habite, à Saint-Mandé, je mets 35 minutes. » Le vélo passe partout et l’inconfort potentiel dû à la météo (pluie, canicule, neige) est compensé par la brièveté du trajet. « J’ai du bon matériel de protection. Et surtout je n’ai pas le stress d’un éventuel retard… »
L’artisan doit en revanche être particulièrement organisé. « Quand j’ai huit interventions dans la journée, je fais la liste du matériel à prendre et à acheter sur la route, car j’ai beaucoup moins de place que dans un camion. » Thomas stocke son matériel dans un box à deux minutes de chez lui, qui est son atelier. « Je pars avec mes deux batteries chargées. » Pour une journée de dépannage classique, il transporte entre 60 et 70 kilos de matériel. « Sur un chantier, je peux avoir jusqu’à 100 kilos », et… ça tient dans le vélo. Il anticipe. « Je commande à la Plateforme du Bâtiment ou au Cedeo le plus proche de chez mon client. » Et un chauffe-eau ? « Je le transporte sans problème ! » D’ailleurs le chauffe-eau neuf est léger ; « c’est surtout la dépose de l’ancien - avec du calcaire - qui est compliquée. » Au-dessus de 150 litres, « je demande un coup de main à un autre plombier à vélo dans Paris. » Échange de bons procédés. Pour notre artisan, le vélo est un facteur d’équilibre. « Travailler seul me plaît. Je ne fais pas forcément des journées à rallonge ; si je commence à 10 heures et termine à 15, je suis rentable. Mon but est de travailler pour vivre et pas l’inverse. » Et quand on lui demande son meilleur conseil, ce n’est pas sur la forme (le vélo) mais sur le fond qu’il le donne : « Le plus important est d’être une personne de confiance. Quand on m’appelle et qu’on sait qu’on peut me donner la clé de chez soi, c’est la meilleure des communications. »
Achat d’un vélo-cargo - Conseils de pro
Thomas Pinoteau a acheté un vélo d’occasion sur la plateforme Upway (un Urban Arrow quasi neuf avec 128 km). « J’ai d’abord pensé à un vélo de coursier, mais on me l’a déconseillé car ils sont très maltraités. Renseignez-vous bien : le vélo le moins cher n’est pas forcément la solution. » Son vélo lui a coûté 5600 €, sur lesquels il a reçu une aide de la Région de 600 €. « Il y avait la caisse. J’ai juste mis un flocage dessus et j’ai préparé l’intérieur pour que les outils ne se baladent pas. J’ai acheté une batterie en plus. » Il n’a jamais crevé, n’a jamais subi de vol (« toutes les personnes que je connais dans le bâtiment se sont déjà fait cambrioler leur véhicule... »).
Enfourchez la liberté
Vous souhaitez franchir le pas ? L’association Les Boîtes à vélo fédère les entrepreneurs à vélo via 14 antennes locales. Les entreprises adhérentes (plusieurs centaines) représentent une quarantaine de métiers (des services à la personne à la restauration, en passant par l’artisanat ou la logistique…). De nombreuses aides financières existent. Par exemple, la ville de Paris vous soutient à hauteur de 50 % du prix d’achat du vélo neuf hors taxes (aide plafonnée à 1200 €) ; l’aide de la Chambre de métiers et de l’artisanat Auvergne-Rhône-Alpes/ADEME va jusqu’à 2000 € pour l’achat d’un vélo-cargo ou d’une remorque électrique.
+ d’infos : Les Boîtes à vélo
En 2024, la France comptait plus de 650 entreprises utilisant des vélos-cargos dans le cadre professionnel, pour un total d’environ 4000 vélos-cargos, remorques et attelages référencés.
(Source : Observatoire des cyclomobilités professionnelles 2024 ; Les Boîtes à Vélo/ADEME)