Le nouvel élan de l’Institut pour les savoir-faire français
L’Institut pour les savoir-faire français fédère, valorise et protège les métiers d’art du territoire. Luc Lesénécal, son président, nous présente sa vision et sa feuille de route après un an de procédure de sauvegarde.
- Fin 2025, l’Institut pour les savoir-faire français a annoncé sa sortie de sa procédure de sauvegarde. Où le bât avait-il blessé ?
En septembre 2024, l’Institut a engagé volontairement une procédure de sauvegarde afin de protéger 135 ans d’histoire et de garantir la continuité de ses missions d’intérêt général. Cette période a mis en lumière des fragilités structurelles, principalement liées à des sources de financement insuffisamment diversifiées, dans un contexte de montée des besoins de l’écosystème et donc des missions qui nous sont confiées. Parmi ce qui nous a fragilisé, nous pouvons évoquer la baisse - générale - des budgets publics ou la perte de la gestion de la labellisation EPV (appel d’offres gagné pour trois ans). Nous avons fait des économies de fonctionnement (déménagement, réduction sereine des effectifs de 35 à 16 personnes...). La sortie de la procédure a été validée par le tribunal, avec un retour à un cadre financier stabilisé.
- Quel a été le travail effectué ?
Nous ne sommes pas sortis de cette période pour revenir au statu quo, mais pour refonder un Institut plus lisible, plus utile et plus stratégique. En 2025, nous avons clarifié nos priorités et réformé notre business modèle (réflexion menée depuis 2020). En 2028, nous visons un équilibre entre nos différentes sources d’apports financiers : les subventions publiques, le mécénat et nos prestations de conseil (en 2026, la part de l’État est de 40 %, le mécénat 30 % et les prestations 30 %). Nous avons obtenu l’agrément ESUS, confirmant l’utilité sociale de l’Institut et son inscription dans l’économie sociale et solidaire. Je tiens à mentionner le soutien fidèle du ministère de la Culture, renouvelé pour les trois prochaines années, en lien avec des actions ciblées.
- Par exemple ?
Le programme Maîtres d’art-Élèves, créé par le ministère de la Culture, est un parcours de transmission de deux ans qu’il soutient financièrement et dont l'Institut assure le pilotage opérationnel et pédagogique (accompagnement, équipements, formations…) ; la promotion 2026 comprend huit binômes. Pour mieux rayonner sur le territoire (8 entreprises sur 10 sont implantées en dehors de l’Île-de-France), nous avons implanté un délégué en Normandie (il y en a un autre dans le Sud). Le Ministère soutient aussi les Journées européennes des métiers d’art (JEMA) qui ont fêté leur vingtième édition début avril et ont été un succès en termes d’affluence et d’entreprises participantes (de 5100 événements en France en 2025 nous sommes passés à 6000 en 2026 ; de 7500 à 10 000 en Europe). Nous menons également de nombreuses actions à destination des jeunes (en 2025, l'Institut en a touché près de 59 000).
Chaque année, nous signons une centaine de partenariats et travaillons avec des mécènes engagés dans la durée (Fondation d’entreprise Michelin, Fondation Rémy Cointreau, AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique…). En 2026, nous avons signé pour deux ans avec le CIC, engagé sur des enjeux entrepreneuriaux et territoriaux. Entre autres, nous menons un projet de valorisation des entreprises via l’IA (outil pour valoriser ce qu’on ne voit pas dans un bilan : les actifs immatériels comme les brevets, les archives, la formation, les savoir-faire, etc.). L’Institut partage aussi son expertise et nous lançons un programme afin d’accompagner les porteurs de projets collectifs dans leur structuration ou leur passage à l’échelle supérieure, ACMÉ (Accélérateur des collectifs des métiers d’art et des savoir-faire d’exception). La fin des candidatures pour la première promotion est le 8 juin.
- Fort de ce que l’Institut a traversé, quels conseils pouvez-vous donner à un entrepreneur en difficulté ?
Regardez bien vos chiffres, ne mettez surtout pas la poussière sous le tapis et osez en parler. Rapprochez-vous de l’Institut si vous êtes un entrepreneur dans les savoir-faire d'exception, nous vous apporterons écoute et expérience. Il s’agit d’anticiper, et d’autant plus actuellement avec les crises politiques, économiques et mondiales qui perturbent la visibilité des entrepreneurs. Soyez très transparents avec vos partenaires financiers et discutez avec des avocats spécialisés. Sans entreprises solides et lisibles, il n’y a pas de transmission durable des savoir-faire… Or dans les métiers d’art, 37 % des dirigeants ont plus de 55 ans et moins de 20 % ont engagé une démarche de transmission (étude Les Éclaireurs, 2024). N’oubliez pas l’export dans votre réflexion (par exemple, Business France soutient les métiers d’art et d’excellence).
-281 métiers d’art
-234 000 entreprises
-Plus de 500 000 actifs (dont environ 280 000 salariés)
-68 Md€ de chiffre d’affaires
(Source : étude les Éclaireurs, nov. 2024).