Portrait : la vie trépidante d'une tapissière

, mis à jour le 08/10/2026 à 12h26
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Sabine Pedrero, le visage de la campagne nationale « Faites-en toute une histoire »

Si l'expression "faire tapisserie" désigne celles qui ne participent pas au bal, Sabine Pedrero, elle, ne sait plus sur quel pied danser tant les propositions affluent pour retapisser une mallette de luxe, des tables d'auscultation... et bien sûr des fauteuils. Artisan tapissier et figure de la nouvelle campagne publicitaire de l’Union nationale de l’artisanat des métiers de l’ameublement (UNAMA), Sabine a choisi un métier passion qui l’a emmenée sur des chemins qu’elle n’aurait pas imaginés. La filière a aujourd’hui à cœur de communiquer sur sa capacité à relever différents enjeux sociétaux. 

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« J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle » ; voilà une phrase que Marine, salariée de Sabine Pedrero, entend souvent. « La bonne nouvelle, c’est qu’on nous demande quelque chose qu’on n’a jamais fait ; la mauvaise, c’est que c'est pour demain », lui répond-elle. Un échange dont les deux femmes s’amusent et qui illustre bien le renouveau d’un métier qui ne correspond pas à l’image d’Épinal que l’on s’en fait. 

Dépoussiérer les lieux communs 
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Le métier

« Les gens imaginent qu’un tapissier restaure de vieux fauteuils, travaille sur de beaux rideaux à l’ancienne… ». Sabine le pensait aussi, elle qui est passée du hobby au métier en intégrant un cursus classique qui commence par la « marche » C.A.P. Son entreprise existe maintenant depuis douze ans et elle travaille à 85 % pour du contemporain (pour moitié pour des architectes et particuliers, pour moitié pour des  hôtels, restaurants, entreprises…). « Il y a tellement de façons de faire ce métier, commence-t-elle. J’ai fait des intérieurs de mallettes pour une grande marque de luxe, des poufs pour un défilé de mode, les tables d’auscultation d'un centre de médecine et les salles d’attente, j'ai travaillé pour des bateaux… » Sabine est référente pour France Télévision, qui lui commande des travaux spécifiques dans le cadre de l’émission « Affaire conclue : la vie des objets ». « Le propre de l’artisan est de pouvoir répondre à chaque demande originale, l’artisanat ouvre le champ des possibles… », s’enchante celle qui est aussi vice-présidente du CFA de l’ameublement la Bonne graine, dont le taux d’intégration des élèves dans le travail frise les 100 %. Et pourtant le secteur a besoin de soutien.

Apprentissage et formation, un terreau à fertiliser
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Le geste

Pour faire évoluer une très petite entreprise, il lui faut du personnel. C’est là où les aides à l’embauche d’un apprenti sont indispensables. « Je connais des artisans qui ont tellement peur de ne pas pouvoir payer un apprenti qu'ils n'en prennent pas ; et seuls, ils sont contraints de refuser des marchés. » Un élan potentiel coupé, tout comme l’a été récemment pour certains la diminution drastique de la prise en charge de leurs formations (de 3500 euros à 600 par an maximum)*. « Cela fait dix ans que je fais quatre formations par an. Si on sait tout faire, c’est qu'on l'a appris ! », s’insurge Sabine.  Et de nous raconter la seconde vie de deux manteaux de vison qui sont devenus des coussins. « Leurs héritiers ne voulaient pas les garder en l’état, ni les jeter. Or pour répondre à cette demande, j’ai suivi une formation avec un fourreur… » 

Changer le regard et voir plus loin
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Le métier

La campagne en cours a pour objectif de faire connaître la filière de l’ameublement. « Si les parents des quarantenaires ne sont pas allés chez un tapissier un jour, les quarantenaires ne connaissent pas notre métier », souligne Sabine. Les vocations manquent, malgré les débouchés. En cause notamment, cette image persistante et lancinante de métier que l’on choisit par défaut : les parents veulent que les enfants passent leur bac. Or « les bacs pros tapissiers n’ont quasiment pas touché un fauteuil de leurs mains ; c’est d’apprentis dont nous avons besoin ! » Au XXIe siècle, il s’agit ainsi de faire savoir que l’apprentissage est une filière d’épanouissement et de réussite : « ma salariée a fait l’école Boulle, un DN MADE option tapissier ; comme ce diplôme ne suffit pas, elle m’a contactée pour faire un CAP et nous avons continué avec le brevet professionnel. Cela fait six ou sept ans d’études, ce n’est pas rien ! » Sabine accueille des stagiaires de troisième et lance un appel : « J’aimerais qu’on me demande d’aller dans les écoles pour parler de nos métiers ; quand cela arrive, il y a toujours dans le lot un élève avec les yeux qui brillent… »

Le contexte actuel, difficile pour tous, l’est particulièrement pour les métiers qui naviguent à contre-courant de la sur-consommation. « Il y a un ralentissement que l’on ne peut pas nier, avec l’augmentation des matières premières, la fast-fashion… », constate Sabine. Les gens rachètent plutôt que restaurent. « Pourtant un meuble refait ne ressemblera à aucun autre et durera toute la vie. Nous racontons une histoire, une transmission. » Le métier s’inscrit aussi dans une histoire multi-séculaire, qu’il n’a pas fini d’écrire. 

*Par le FAFCEA, pour ceux dont la contribution à la formation professionnelle est inférieure ou égale à 85 euros (soit un chiffre d’affaires annuel en dessous d’environ 28 300 euros).

>UNAMA : les parcours de formation

La campagne « Faites-en toute une histoire »

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L'affiche

« Dès que je me suis lancée, j’ai adhéré à un syndicat : je suis entourée, en confiance, je me sens représentée et défendue », confie Sabine Pedrero, qui est le - dynamique - visage de la campagne nationale « Faites-en toute une histoire », lancée par l’UNAMA afin de mieux faire connaître les métiers de l’ameublement au grand public. Depuis début septembre, cette campagne se déploie dans la presse spécialisée (AD, Art et décoration…) ainsi que sur les réseaux sociaux et le site faitesentouteunehistoire.fr. Un petit film (1 minute 30) suit Sabine Pedrero et une famille autour de la création d’un fauteuil. La précision du geste se mêle au dialogue entre l’artisane et ses clients, jusqu’à la scène finale où le fauteuil rejoint une photographie de famille. Le film comptabilise à ce jour 438 000 vues sur YouTube ! L’UNAMA (23 000 entreprises en France*, sur plus d’un million dans les métiers de l'ameublement) souhaite montrer que l’artisanat de l’ameublement répond à des attentes très actuelles : fabrication locale, personnalisation, réparabilité et durabilité. 

*Ébénistes, agenceurs, tapissiers d’ameublement en siège, tapissiers d’ameublement en décor, encadreurs, doreurs, marqueteurs, tourneurs, sculpteurs, restaurateurs de mobiliers et objets d’arts, canneurs, pailleurs…

Le bois au sens large

Les 7, 8 et 9 octobre 2026, les entreprises de la filière forêt-bois (bûcherons, conducteurs d’engins forestiers, charpentiers, menuisiers…) ouvrent leurs portes partout en France pour la 4e édition des journées #VeryWoodMétiers. De la forêt à l’atelier, des dizaines d’entreprises invitent le public à découvrir des opportunités concrètes (emplois, formations ou alternances). 

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