Coup de frein sur le marché des fonds de commerce
Moins de 30 000 fonds de commerce ont changé de mains en 2025. Après plusieurs années de rebond post-Covid, le marché de la transmission ralentit, avec des écarts qui se creusent entre territoires et secteurs d’activité.
Selon le récent bilan publié par le groupe Altares, le marché des ventes et cessions de fonds de commerce est en baisse de 6,1 % par rapport à 2024, avec 29 766 transactions enregistrées en 2025. Pour la première fois depuis 2022, le nombre d’opérations repasse sous la barre symbolique des 30 000 ; une tendance confirmée au premier trimestre 2026, avec 7723 transactions (- 2,9 % sur un an). Après deux années marquées par une forte hausse des valorisations, les prix amorcent également un retour à la normale : le prix moyen d’un fonds cédé s’établit à 241 781 € en 2025 (- 6,4 %), un recul qui reste relatif car le niveau demeure supérieur à celui observé avant la crise sanitaire (le ticket moyen était inférieur à 200 000 €). Le prix « médian », plus représentatif des transactions courantes, progresse légèrement pour atteindre 112 700 € (contre 110 000 € en 2024).
La boulangerie-pâtisserie attire !
Restaurants traditionnels et restauration rapide, ainsi que débits de boissons, représentent à eux seuls près d’une transaction sur trois. La restauration traditionnelle conserve la première place avec 4362 cessions en 2025, malgré un recul de 5,7 % ; la restauration rapide résiste mieux avec 3119 opérations (- 0,6 %) tandis que les cafés enregistrent 2509 transactions (- 0,4 %). La boulangerie-pâtisserie confirme son attractivité avec 1336 transmissions et surtout une progression marquée de sa valorisation ; le prix moyen atteint 258 604 €, en hausse de 13,7 % (hausse la plus forte du top 10 des secteurs où les prix de cession sont les plus élevés) ; derrière elle vient la coiffure (1033 transactions, - 6,3 %) et les garagistes automobiles (949 transactions, stable). Du côté des activités les plus valorisées, les pharmacies restent largement en tête puisqu’une officine se négocie en moyenne à 1,22 million d’euros en 2025.
Une forte concentration autour des petites entreprises
Les TPE représentent plus de 91 % des transactions, avec 27 276 opérations en 2025 (repli de 6,2 % sur un an). Les PME ne sont que 1907 à avoir acquis un fonds de commerce en 2024 ; les transmissions de grandes entreprises progressent (+ 21 %). Les vendeurs ont une expérience professionnelle solide : ils ont en moyenne 52 ans, contre 42 ans pour les repreneurs. Les créateurs d’entreprise sont quant à eux globalement plus jeunes, près de 62 % ayant moins de 40 ans (Insee). « (…) [L]a reprise présente un avantage structurel déterminant : sa capacité à pérenniser l’activité, commente Thierry Millon, directeur des études Altares. Les analyses Altares montrent en effet que plus de 90 % des entreprises créées par rachat de fonds de commerce sont encore en activité trois ans après. » Autre enseignement majeur de l’étude d’Altares, la fracture territoriale s’accentue : les grandes villes résistent mieux et sont les seuls territoires où les prix progressent en 2025 (+ 7,3 %, avec un prix moyen de 288 307 €) ; les bourgs ruraux enregistrent une baisse de 10,6 % du nombre de transactions (et un recul des prix de 12,6 %).
Centres-villes : vers une recomposition commerciale
Si la vacance commerciale progresse en France, certaines villes démontrent qu’un redressement est possible. Une nouvelle complémentarité se construit dans les centres-villes, fondée sur la diversité des usages.
Selon le baromètre annuel Codata*, le taux de locaux commerciaux vacants est passé de 10,8 % en 2024 à 11,7 % en 2025. Derrière cette tendance nationale, les trajectoires locales divergent : plusieurs collectivités parviennent à reconquérir leur centre-ville grâce à une diversification des activités et à des politiques d’attractivité combinant commerce, services, santé, restauration et qualité de vie. Les villes du programme Action Cœur de Ville (ACV) enregistrent des améliorations significatives de leur taux de vacance commerciale : Saint-Dizier affiche une baisse de 7 points entre 2024 et 2025, devant Cavaillon (- 6 points) et Guéret (- 5,3 points). Gap, Vesoul ou Grasse enregistrent également des reculs importants.
La restauration s’impose comme un moteur d’attractivité : les cafés, hôtels et restaurants représentent désormais 23,4 % des locaux occupés dans les villes hors ACV (18 % dans les villes ACV) ; les commerces alimentaires restent un pilier de proximité avec 11,4 % des emplacements hors ACV (10 % dans les villes ACV). Les activités de parfumerie, beauté et soins poursuivent leur développement avec 17,1 % des emplacements commerciaux dans les villes ACV (+ 0,4 point) et 14 % dans les villes hors ACV (+ 0,2 point). L’habillement poursuit quant à lui son recul, avec une baisse de 0,8 point dans les villes ACV et de 0,5 point dans les autres centres-villes.
*Étude Codata sur les analyses de la Fédération des acteurs du commerce dans les territoires (FACT), 2026.
>Grâce à une enveloppe de 19,6 millions d’euros, le fonds de soutien au commerce rural a permis de soutenir depuis 2023 près de 1200 communes dans la création de commerces (pour 1 million de bénéficiaires).
>Au 31 décembre 2023, plus de 6 communes sur 10 ne comptaient aucun commerce de détail, contre 25 % en 1980.
(Source : Gouvernement)