Transmission-reprise d'entreprises : la mobilisation générale !

, mis à jour le 27/04/2026 à 09h00
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Objectif reprises

Avec 500 000 entreprises à reprendre dans les 10 ans, le sujet de la transmission d'entreprise est une grande cause économique nationale. Le jeudi 23 avril, à Bercy, se tenait « Objectif Reprises », un événement point de départ de cette mobilisation générale. Le ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat Serge Papin avait réuni un large auditoire de 600 acteurs concernés pour ce lancement officiel. Nous y étions. 

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Le sujet de la transmission-reprise n’est pas nouveau, et pris en main par chaque organisation patronale, fédération, etc. « Chacun dans notre ligne de nage, nous [agissons], mais nous sommes seuls dans notre couloir. La coordination de tous est très importante », rappelait Michel Picon, président de l’U2P lors de la première table-ronde organisée. Ainsi, ce qui sera peut-être nouveau à partir de maintenant, c’est l’union des forces ; une certaine énergie se dégage d’ailleurs, au sein de la salle de conférence, dans les mots des présidents des trois organisations patronales qui s’expriment. Il y a 500 000 entreprises à transmettre dans les dix ans (dont 86 % ont moins de 11 salariés), avec 3 millions d’emplois associés. « Ce n’est pas la transmission en elle-même qui est un enjeu, c'est le volume », précisait la veille l’entourage du ministre. Selon Alain Tourdjman, économiste, la vague de vieillissement des dirigeants d’entreprise ne s’est pas traduite par une vague de cession, et les TPE sont dans l’œil du cyclone ; « encourager la cession-reprise, c’est encourager un modèle d’entreprise employeuse qui innove, plutôt que l’auto-entrepreneuriat qui ne permet pas d’atteindre une taille nécessaire pour assurer la compétitivité ». Le plan d’action, fondé sur les travaux de la Mission Reprise de juillet 2025, comprend trois axes.  

>L’anticipation vis-à-vis des cédants.

Dès mai 2026, tous les dirigeants de France atteignant 55 ans recevront un courrier (papier, email ou mixte) afin d’être accompagnés. « Je dirais qu’il faut entre cinq et sept ans pour se préparer. J’ai anticipé sept ans avant et je viens de céder mon entreprise », illustre Joël Fourny, président de CMA France, lors de la 2e table-ronde organisée. « Il faut inciter les artisans à continuer à investir, à améliorer leurs outils de travail afin que l’entreprise soit cessible. » Le désinvestissement en fin de carrière, constaté par la DGE, a un impact sur la productivité du repreneur. Dès avril 2026, les dirigeants seront en outre sensibilisés via l’Opération nationale menée par les CCI et CMA, et un nouveau guide commun pour les cédants et les repreneurs a été lancé. À partir de mi-2026, les experts-comptables, interlocuteurs les plus naturels des dirigeants de TPE/PME, seront la cible d’une sensibilisation renforcée (webinaires, guide, actions régionales…). 

> « Créer le Tinder de la reprise »

« La cession-transmission est une affaire de cœur, ce n’est pas qu’une transaction », rappelle Alain Di Crescenzo, président de CCI France. Pour faciliter la rencontre, ou le « matching » entre l’offre et la demande, la Bourse de la Transmission de Bpifrance va être rénovée pour devenir « l’application de rencontre » de référence (elle regroupe des annonces captées par les CCI, CMA, l’association CRA - Cédants et repreneurs d’affaires - mais d’autres offres n’y figurent à ce jour pas, comme celles connues des experts-comptables ou des organisations professionnelles). Dans chaque département, des événements de rencontre cédants/repreneurs vont être organisés chaque trimestre, avec par exemple dès à présent la mobilisation des membres de la Mission Reprise pour intégrer des séquences de « matching/pitching » au sein des salons existants (Go Entrepreneurs, événements professionnels…). 

>Accompagner la transmission. 

Tous les types de transmission doivent être soutenus, qu’elle soit familiale, à un salarié, à plusieurs salariés, à une coopérative ou à un tiers. Plus de plus de quatre chefs d’entreprise sur cinq disent ne pas connaître le Pacte Dutreil (transmission familiale) ; avec aussi un enjeu de suivi, comme l’ont pointé les trois présidents des organisations patronales, d’humeur combative ; « il ne faut pas remettre en cause chaque année le Dutreil, il faut donner de la confiance », martèle Patrick Martin, président du MEDEF. Quant à Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, il pointe comme emblème de désalignement des strates politiques l’exemple du mécanisme de reprise pour les salariés à effet de levier (LBO) qui « a été quasiment tué ici [à Bercy, NDLR]. (…) Et c’est aussi ici parfois qu’on attaque le pacte Dutreil. (…) Tant qu’on n’arrive pas à avoir toutes les administrations, tous les politiques qui se disent que ce grand défi mérite [d’être relevé], tant qu’on n’arrête pas de revenir à chaque fois sur les mécanismes qui marchent, on n'y arrivera pas ! » La reprise salariée sera soutenue via l’actionnariat et le partage de la valeur. Les outils de financement ont de plus un rôle essentiel : le crédit-vendeur sera plus attractif (étalement du paiement de l’imposition des plus-values), les outils de financement de Bpifrance valorisés (prêt Croissance Transmission, garantie transmission), tout comme les autres (prêts d’honneur, etc.). 

Dans entreprendre, il y a reprendre. Si en France la reprise semble être moins « sexy » que la création, le taux de pérennité à trois ans des reprises est plus important que celui des créations. Elles génèrent également un chiffre d’affaires supérieur et affichent une meilleure productivité. Objectif  Reprises devrait contribuer à faire bouger les choses, mais « il faut un suivi, que l’on regarde comment cela évolue », pointe Michel Picon. Serge Papin s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur Véronique Louwagie (Mission Reprise), à voir si la même dynamique de continuité traversera l’échéance de 2027.

1 transmission sur 2 se fait par transmission familiale 

Entre 10 et 20 % des reprises le sont par des salariés (actionnaires, SCOP…)

Environ 30 % des transmissions le sont à un tiers 

(Sources : Ministère des PME, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat/ Bpifrance Le Lab, CMA France, CCI France, novembre 2025).

30 % des repreneurs ont eu des difficultés à financer leur reprise ; cela atteint 44 % pour les repreneurs salariés.

(Source : Ministère des PME, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat, avril 2026).

Chaque année, près de 185 000 entreprises sont transmissibles, pour seulement 37 000 transmissions effectives.

(Source : SDI, DGE)

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