À la rencontre de… Marie Gravier, potière

, mis à jour le 11/01/2026 à 19h25
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Après des études de commerce et de stylisme, puis la création d’une première marque de vêtements, Marie Gravier découvre la terre et la poterie : coup de foudre immédiat. Installée depuis trois ans à la pointe du Finistère, en presqu’île de Crozon, elle crée des pièces en céramique, de la tasse à la table basse et parvient à faire rimer tradition du geste et design contemporain. Dialogue avec une potière du bout du monde… 

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Vous êtes styliste de formation et avez commencé en créant votre propre marque de vêtements. Comment passe-t-on du textile à la poterie ? 

Je ne me sentais pas totalement à l’aise dans l’univers du textile, j’avais envie d’investir d’autres champs de créations. J’ai donc évolué vers la décoration intérieure, secteur où l’objet offre plus de liberté que le vêtement. Aujourd’hui, la poterie me donne vraiment la possibilité de m’exprimer pleinement et d’être réellement novatrice dans mon domaine, notamment en termes de formes et de lignes. w Vous semblez nourrir une passion pour le tour – l’outil principal du potier. 

Y a-t-il une dimension sensorielle dans le métier de potier ? 

Oui, tout à fait. J’ai tout de suite eu un coup de foudre pour cet outil. Mais c’est un équipement exigeant qui conditionne une certaine précision dans le geste. Il y a un côté challenge qui vous oblige à faire corps avec le tour et c’est justement ce qui me plaît. 

Avez-vous développé une technique particulière, un savoir-faire spécifique ? Vous utilisez par exemple le grès brut. Ce matériau conditionne-t-il votre approche de la poterie ?

 Oui ! L’un de mes premiers choix à l’ouverture de mon atelier était de faire des objets présentant des formes simples. Dans cette démarche, je m’efforce de travailler une matière brute, et le grès m’offre cette possibilité. Il donne en outre un toucher très particulier à l’objet. Pour résumer, mon but est de magnifier la terre, mais en rendant mon intervention la plus minimale possible. 

Le nom de votre atelier, “La beauté des banalités”, rend compte d’une partie de votre démarche : créer des objets, des céramiques susceptibles de “rendre beau le quotidien” de ceux et celles qui les utiliseront… 

Vous pouvez nous en dire plus sur ce point ? 

Nous avons tendance à banaliser les objets de notre quotidien alors qu’à partir du moment où ces derniers sont beaux et harmonieux, ils peuvent participer d’une certaine amélioration de notre vie de tous les jours. En clair, le bel objet va nous inciter à faire une pause pour le regarder et le contempler. Et c’est justement cette parenthèse dans le temps, imposée par l’objet, qui va rendre une journée plus belle et plus agréable. 

 

Je transmets mon expérience de la main à la main, de personne à personne, car on n’apprend pas le métier de potier via une vidéo ou un tutoriel. 

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Crédit Marion Amico

Comment se passe la journée d’un potier ? Votre quotidien est-il aussi beau que les objets que vous créez ? 

Il n’y a jamais de journée type dans le métier de potier, parce que cette profession revêt mille et une facettes. Je ne suis pas tout le temps à l’atelier par exemple. Je dois au contraire gérer les taches qui sont celles de n’importe quel artisan : la logistique, la communication, la gestion, les événements comme les salons, la formation, etc. Bref, c’est un travail dans lequel on s’investit pleinement et jamais à moitié. 

Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés du métier de potier ? Que conseilleriez-vous à un professionnel et/ou à un artisan qui souhaiterait évoluer vers cette activité ? 

La principale difficulté, c’est bien sur la pression économique. Ce n’est pas une activité qui répond à un besoin essentiel. Acheter une céramique est effectivement avant tout un achat plaisir. En conséquence, il y a un certain seuil de rentabilité à atteindre et cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. En vivre n’est pas tout de suite possible. Il faut donc anticiper et prévoir une seconde activité plus rémunératrice à mener en parallèle pendant quelques mois après s’être installé. Pour résumer, il ne faut jamais oublier qu’avant d’être potier, on est avant tout entrepreneur et donc forcément impliqué dans une logique économique. 

Vous donnez des cours au sein de votre atelier… la transmission est essentielle pour vous ? 

Oui, je me suis découvert une passion pour la formation. J’adore transmettre, expliquer et partager ce que j’ai appris ces dernières années. J’enseigne à mes stagiaires une première approche du tour, de l’outil lui-même, et vais ensuite un peu plus loin s’il y a une demande. Je transmets mon expérience de la main à la main, de personne à personne, car on n’apprend pas le métier de potier via une vidéo ou un tutoriel. Mes cours fonctionnent par petits modules de trois heures que l’on peut choisir selon ses besoins et ses envies. 

Enfin, pourquoi avoir choisi la presqu’île de Crozon – “le bout du monde” comme l’appellent les presqu’îliens eux-mêmes ! – pour installer votre atelier ? 

Mon père vit en presqu’île depuis une quinzaine d’années. J’ai pris goût à cet environnement particulier, j’avais l’opportunité de m’installer ici pour exercer mon activité de potière et je n’ai pas hésité longtemps ! Quand vous êtes entourée par la mer et par cette nature préservée, vous vous sentez forcément bien. En harmonie avec l’endroit où vous êtes, mais aussi avec vous-même, et cela est essentiel lorsqu’on exerce un métier créatif.

Propos recueillis par Laurent Feneau

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