Portrait d'une carrossière... d'art
Rencontre avec une artiste de la carrosserie qui customise les voitures dans son atelier-loft baptisé Car Art’s. Elle débossèle à Pont-du-Casse – mais pas seulement – et vient d’ailleurs de recevoir le prix Artisanat au féminin en Lot-et-Garonne.
Posé sur un rangement en fer style indus, un bouquet de fleurs artificielles rouges et blanches attire le regard. À l’entrée, un damier noir et blanc habille le mur de parpaings et donne de la chaleur au grand hangar, pourtant bien frais en ce matin de janvier. Une guirlande de fleurs couronne une plaque indiquant le nom des lieux : Car Art’s Carrosserie. Le même nom se détache en lettres blanches sur fond noir sur le mur d’en face. L’ambiance est donnée : street art et culture urbaine ont ici élu domicile. Le signe que ce grand hangar, installé dans la zone industrielle de Pont-du-Casse, n’est pas un garage comme les autres.
Pas du tuning mais de la customisation
La maîtresse des lieux est une jeune femme de 25 ans, Laura Chaminade, cheveux longs noirs et œil de biche. Sans gros biceps et tout en finesse, cette passionnée de voiture s’est bricolé tous les meubles de son atelier. Malgré sa silhouette frêle, elle n’a pas peur de s’attaquer à la remise en état d’un pick-up. Ce qui l’anime, c’est sa passion pour la customisation des voitures, l’art de les personnaliser, d’en révéler le potentiel. On ne parle pas ici de tuning, qui est une modification sans cohérence, juste destinée à attirer l’attention, quand la customisation répond à un projet cohérent, une mise en beauté du véhicule qui s’adapte au modèle en même temps qu’aux désirs du client. Cette mode, très répandue au États-Unis, est encore confidentielle en France, où la voiture a un rôle majoritairement utilitaire et où les véhicules se déclinent le plus souvent en noir et blanc.
Laura Chaminade, elle, impose sa signature et sa fantaisie. Pour elle – et son compagnon qui la rejoindra prochainement dans l’aventure –, la voiture est un style de vie, la prolongation de son chez soi.
La Carrosserie Car Art’s ouvre en avril 2025
Son garage n’est pas comme les autres : c’est un garage loft. Un lieu de travail qui est en même temps son lieu de vie. « Nous voulons créer un garage convivial, un lieu où les gens ont envie de passer voir ce qui s’y fait. Nous voulons que nos clients viennent pour le plaisir et pas par obligation parce qu’il faut réparer un pare-chocs par exemple. Ici, je veux donner ma vision de la carrosserie. »
L’éventail de ses compétences est vaste : elle réalise réparation, peinture, remise en état, rabaisse les véhicules, les surélève, pose des kits carrosserie. En un mot, s’adapte au projet de ses clients. « Mon optique est que rien n’est impossible. Mon rôle est de trouver comment faire pour réussir à faire ce que veut le client, tout en respectant le budget. » Avec ses créations, Laura Chaminade renouvelle le regard sur la carrosserie. Elle y introduit des touches très féminines en s’inspirant du nail art, joue sur les codes du tatouage – « c’est notre univers que l’on met sur les voitures et qui est notre signature ».
Une de ses sources d’inspiration sont les “art cars”, ces voitures modifiées, hautes en couleur, élevées au rang d’œuvre d’art. La jeune femme ne s’attaque pas seulement aux voitures. Elle crée son propre mobilier, customise des casques de moto, invente des décorations, projette même de créer une marque de vêtement, le tout dans un style indus’, urbain. « Ce que je propose ici, c’est bien plus qu’un garage, c’est un art de vivre. Tout est cohérent, il y a un univers qui se développe tout autour du garage loft, tout est relié. »
Parcours original
D’un BTS Environnement au CAP Carrosserie Laura a découvert la mécanique par elle-même, lorsqu’il a fallu faire quelques travaux banals sur sa voiture. C’est ce côté débrouille et son attrait pour la création artistique qui l’ont conduite vers la création de cette carrosserie pas tout à fait comme les autres. Ses premières études ne la menaient pas dans cette direction puisqu’elle a fait un BTS Environnement dans la gestion et la protection de la nature. Elle réalise alors que le côté manuel et artistique lui manque. La voilà donc partie sur un CAP Carrosserie-Réparation en deux ans, suivi d’un CAP Carrosserie-Peinture en un an. Elle y acquiert les bases. La passion et son sens de la créativité font le reste. Il y a deux ans, elle achète un hangar à Pont-du-Casse et l’arrange à son goût, en faisant elle-même les travaux.