Métiers d’art – ces duos Maîtres-élèves qui défient le temps
En cette fin d’année, le beau geste - vitrine de l’artisanat français - fait parler de lui. Le Salon international du patrimoine culturel vient de battre son plein à Paris, Strasbourg accueille la 14ᵉ édition de Résonances (salon européen des métiers d’art) du 6 au 9 novembre ainsi qu’une boutique dédiée aux métiers d’art… L’occasion d’évoquer ces métiers rarissimes qui ne survivent que par la passion de quelques irréductibles, plus forts en tandem.
Aujourd’hui, 39 % des entrepreneurs des métiers d’art indiquent qu’il n’existe aucun diplôme ou certification préparant à leur métier ou savoir-faire*. La seule voie d’apprentissage reste la transmission directe, d’un professionnel à un autre. Une transmission exigeante, qui s’inscrit sur plusieurs années. « [La diversité des métiers d’art] est une force culturelle, mais aussi une force économique et territoriale », souligne Catherine Pégard, ministre de la Culture. Le Ministère a ainsi créé il y a 30 ans un titre de Maître d’art et un programme spécifique, piloté depuis 2012 par l’Institut pour les savoir-faire français (ISFF).
Une promotion originale
Tous les deux ans, huit binômes sont choisis parmi de nombreuses candidatures (plus d’une cinquantaine cette année), pour intégrer le programme Maîtres d’Art-Élèves, qui soutient chaque partie prenante pendant deux ans. Inspiré du modèle japonais des « Trésors humains vivants », ce dispositif permet à des professionnels détenant des savoir-faire rares et de haute technicité de transmettre leur pratique à un élève engagé, ainsi que d’aider ce jeune professionnel dans son parcours de professionnalisation (montée en compétence, reprise ou création d’entreprise). Le Maître d’art bénéficie d’une allocation dédiée et est accompagné par l’ISFF (définition et suivi des objectifs pédagogiques, mise en relation avec des professionnels et/ou institutions…). Chaque Élève reçoit une aide financière ciblée pour développer son projet professionnel (acquisition d’outillage nécessaire, financement de formations spécialisées, prestations de conseil…). La promotion 2026-2028 rassemble des métiers aussi rares que le stuc marbre, l’archèterie, la taillanderie, la photographie technique à l’agrandisseur noir et blanc, la facture d’instruments historiques, le tissage à bras velours de soie ou encore la marbrure sur papier.
« Ils portent haut et mettent en lumière des savoir-faire parfois méconnus du grand public, mais très recherchés dans leur filière, car rares et donc précieux. C’est un véritable florilège de métiers, parfois uniques au monde, qui racontent le passé, le présent et l’avenir du patrimoine bâti, de la facture instrumentale, du textile ou encore de la photographie », commente Luc Lesénécal, président de l’ISFF.
*Étude Les Éclaireurs, Institut pour les savoir-faire français et Xerfi Specific, novembre 2024.
>Depuis sa création en 1994, 304 professionnels ont été accompagnés dans leur projet de transmission -149 Maîtres d’art et 155 Élèves - représentant 105 spécialités.
(Source : Ministère de la Culture - Maîtres d’art-Élèves)
>37 % des dirigeants d’entreprises des métiers d’art et savoir-faire d’exception ont plus de 55 ans ; 1/4 des salariés détenant un savoir-faire d’exception a plus de 55 ans ; moins de 20 % des employeurs de plus de 55 ans ont engagé une démarche de transmission de leur entreprise.
(Source : Étude Les Éclaireurs, Institut pour les savoir-faire français et Xerfi Specific, novembre 2024).
Prix de la collaboration créatrice
Le mercredi 7 octobre, la Fondation Bettencourt Schueller a dévoilé les lauréats de la 27e édition du Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main®. Trois récompenses sont décernées avec parmi elles, le prix Dialogues, qui récompense la collaboration entre un artisan dʼart et un designer autour dʼun projet commun.
Le menuisier en sièges Louis Monier et le designer Edgar Jayet ont été distingués distingués pour Meslée, une création qui conjugue précision du geste, innovation constructive et réflexion sur les usages actuels. Elle illustre toute la capacité des métiers dʼart à nourrir le design contemporain tout en valorisant des savoir-faire rares (l'assemblage a été conçu selon la traditionnelle technique tenon et mortaise pour le petit dos, le cintre et la structure des pieds). Lʼaccompagnement de la Fondation permettra aux deux créateurs de poursuivre leurs recherches, de moderniser leur outil de production et de développer une série en autoédition.
Un prix pour un savoir-faire ressuscité
À l’occasion du salon du patrimoine, le Prix VMF-AAF* « Métiers d'art & Patrimoine » a été remis le 30 octobre aux Ateliers Victor Bert pour un projet inédit, faire revivre un savoir-faire d’enseigne disparu depuis les années 1980 : la fabrication de lettres en cristal biseauté doré.
Graveur-doreur de 34 ans, Victor Bert explore depuis plus de dix ans la pierre, le verre, le bois, le métal et la feuille d’or. Formé par transmission directe auprès des derniers praticiens de la lettre peinte et de la gravure, il fonde en 2023 ses ateliers dans le quartier de la Bastille. Il grave depuis 2018 les noms des personnalités entrées au Panthéon, a restauré les gravures de la façade de la basilique de Saint-Denis et réalisé la plaque inaugurale de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts. Le projet récompensé se déploie sur six mois, en binôme avec l’apprentie de l’atelier : à partir de lettres d’enseigne du début du XXe siècle, soufflées, bombées, polies miroir, rehaussées de dorure, de laque ou d’argenture, l’atelier identifie l’outillage, multiplie les essais et documente chaque étape. Sans trace de geste ni d’outils, l’atelier en reconstitue le procédé pour transmettre ce savoir-faire menacé aux générations futures.
*Vieilles maisons françaises-Ateliers d’art de France.
Appel à candidatures - Prix Jeunes talents métiers d’art : création & patrimoine
Si le prix organisé par Ateliers d’Art de France est doté d’un nouveau nom (anciennement Prix de la Jeune Création Métiers d’Art), le règlement, les critères de sélection, la dotation et l’organisation ne changent pas. « Cette nouvelle identité rappelle notre mission : mettre à l’honneur toute la diversité des métiers d’art et représenter l’ensemble du secteur, de l’innovation à la transmission des savoir-faire patrimoniaux, » explique Stéphane Galerneau, président d’Ateliers d’Art de France.
Le Prix est ouvert aux jeunes professionnels des métiers d’art âgés de 35 ans maximum au 31 décembre 2027. Les candidats doivent travailler en France et pouvoir justifier de leur qualité d’artisans d’art, artisans créateurs, étudiants en fin de scolarité ou en phase de création d’entreprise. Les candidats doivent présenter 3 à 5 œuvres ou ouvrages, réalisés après le 1er janvier 2025. Les lauréats bénéficient d’un accompagnement, d’une campagne de communication et ont la possibilité d’exposer dans le cadre d’un salon prestigieux (Salon International du Patrimoine Culturel, MAISON&OBJET ou la biennale Révélations).
Du 5 octobre 2026 au 6 janvier 2027, candidatez (en solo ou en duo).