Artisans de la réparation à Paris : des espoirs et des freins
La réparation est à la mode ! A Paris la progression du nombre d’entreprises de réparation en douze ans est de 44 %. Surtout celle des vélos et du téléphone portable. Pourtant tout n’est pas rose dans la capitale (surtout en ce moment !) comme le montre cette étude réalisée par la CMA Ile de France
C’est la capitale entière et ses commerces qui ont besoin en ce moment d’être réparés ! Les émeutes actuelles risquent de dégoûter certains de s’installer avec pas de porte. Pendant la journée du 17 octobre, les magasins de réparation de téléphone portable et autres ordinateurs ont été ciblés par les voyous sans parler des bijoutiers ou horlogers ! Justement l’étude du mois de septembre présentée le 16 octobre par Damien Cantet, chargé d’études économiques et Data Analyst à la CMA Ile-de-France distingue la réparation traditionnelle, celle où les artisans ne sont pas toujours les plus jeunes : cordonniers, horlogers , bijoutiers, couturiers spécialistes de la retouche et autres tapissiers; ils sont nombreux mais leurs gérants sont plutôt âgés (voir histogramme), Et les autres, les réparateurs en vogue , de plus en plus nombreux , ceux qui redonnent une vie aux téléphone portables ou encore réparent les vélos. Là, ce n’est pas l’âge du capitaine qui inquiète mais la durée de vie de l’entreprise qui ne dépasse guère les 3 ans.
L'immobilier, un sujet majeur
Sur les 2500 entreprises de réparation, on compte des profils variés (voir tableau), souvent sans salarié (mais 450 sont quand même employeuses) . Certaines sont hybrides et croisent des services à la personne à la pure réparation. Comme pour les autres entreprises l’enjeu de la transmission est majeur surtout pour les vieux métiers au risque de les voir disparaître. Mais il faut y ajouter l’enjeu de l’ancrage dans Paris à cause des prix élevés de l'immobilier à Paris. L'encadrement des loyers commerciaux est une idée débattue avec les pouvoirs publics et locaux, idée soutenue par la CMA. Cependant, sa mise en œuvre est complexe, car les bailleurs (y compris sociaux) dépendent de ces loyers pour l'entretien des immeubles. Des solutions politiques progressives sont privilégiées, plutôt qu'un encadrement strict qui pourrait générer d'autres difficultés (ex: revente de locaux à usage spécifique). En attendant, de son côté ,la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de Paris (CMA) a créé un "hôtel artisanal" dans le XIX ème arrondissement proposant 21 locaux à loyers attractifs pour des activités de production (pas des boutiques). Il offre deux types d'accompagnement : une "pépinière" de 2 ans pour les jeunes créateurs et des contrats de 7 ans pour les entreprises en croissance. L'objectif est de faciliter l'insertion et la croissance des artisans dans un environnement coûteux. La Chambre des métiers note enfin qu’il convient de donner de la visibilité de l'offre et attractivité des métiers auprès des jeunes publics, notamment via la formation (CFA), pour garantir la relève et la transmission et regrette que Ile "Bonus Réparation" soit inadapté aux entreprises artisanales. « Conçu pour des processus industriels, il impose une démarche administrative trop lourde pour de nombreux artisans (ex: cordonniers très sollicités), qui ne l'utilisent donc pas, limitant sa visibilité dans ce segment », explique Damien Cantet,
Les Français et la réparation
Dans la même semaine, du 15 au 18 octobre, se déroulaient la 4ème édition des Journées Nationales de la Réparation co-organisée par Make.org Foundation et HOP – Halte à l’Obsolescence. A cette occasion un sondage Opinion Way a été publié révélant que 68 % des Français voient dans la réparation une source d’économies. Près de 6 sur 10 se disent prêts à réparer davantage, mais le même nombre reconnait que face à un produit en panne il leur arrive souvent (19 %) ou de temps en temps (40 %) de préférer en acheter un neuf parce que cela leur paraît plus simple ou plus rapide. Autre frein : le prix ou la connaissance du prix. Ainsi 83 % des Français ont déjà renoncé à faire réparer un objet parce que le prix du neuf leur semblait suffisamment bas par rapport au coût de la réparation. Un autre résultat est à rapprocher de l’étude CMA sur la réparation à Paris : près d’un Français sur deux (48 %) serait davantage incité à réparer s’il pouvait trouver facilement un réparateur près de chez lui et prendre rendez-vous simplement ;