Municipales : l'heure des discussions entre commerces et mairies
Entre commerçants et maires : c'est « je t’aime, moi non plus ». Alors qu’ils sont indispensables à la vitalité des territoires, les commerces de centre-ville sont en difficulté (concurrence du e-commerce, hausse des coûts…). Ils peuvent cependant faire de leur équipe municipale une alliée. C’est peut-être le moment de (re)tisser des liens.
D’après une enquête du Syndicat des indépendants et des TPE (SDI) de février 2026, le « vécu » économique local des commerçants pendant le mandat qui s’achève n’est pas reluisant. 44 % des chefs d’entreprise évoquent une dégradation de la sécurité, 80 % jugent la fiscalité locale incompatible avec leur activité et 56 % constatent un recul de leur environnement commercial… Et pourtant le maire et le conseil municipal recueillent les scores de confiance politique les plus élevés pour les Français* (respectivement 60 % et 58 %). Confiance mais… dépendance. Deux tiers des dirigeants déclarent que les décisions municipales impactant leur activité sont davantage subies que concertées (SDI). Olivier Urrutia, délégué général de la Fédération du commerce coopératif et associé (FCA) se souvient des Jeux olympiques. « Nous avons beaucoup travaillé sur ce sujet, notamment à Paris avec la CCI, la préfecture, la mairie… La mairie a promis aux commerçants que ça allait être l’abondance (…), sans jamais les avoir concertés sur la redirection des flux ou la fermeture de certaines zones pour raisons de sécurité ; sans parler des livraisons la nuit… » Pour lui, cet « amateurisme terrible » vient d’un « manque de vision. »
Le dialogue de proximité, la clé
La gestion d’un événement « peut être un enjeu très intéressant mais aussi un gros problème… Une course à pied qui bloque toute la ville, le samedi, deux semaines avant Noël par exemple. Il faut échanger là-dessus », pose Loïc Rousse, gérant d’un magasin Culinarion à Orléans (6 personnes).
Les sujets de conflit (le stationnement, la piétonisation, l’accessibilité du centre-ville…) deviennent des atouts quand associations de commerçants et ville travaillent main dans la main. Loïc Rousse déplore par exemple la disparité des horaires des commerces en centre-ville. « La coordination des commerçants est traitée dans certaines villes, je l’ai vu. On ne peut pas forcer les gens, mais si l’association des commerçants lance une initiative, et que la ville relaie, ça permet de lancer la dynamique. »
Bertrand Ollivier, maire de Joinville (Haute-Marne, 3000 habitants), rappelle que tous deux travaillent avec le même objectif. « Il y a toujours, avec les commerçants, [cette] l’impression que l’on a de vivre dans deux villes différentes ; il faut travailler sur ce qui nous relie, sur (…) notre socle commun. Après, ça va tout seul. »
Joinville a perdu 40 % de sa population en 40 ans, et Bertrand Ollivier s’est notamment battu pour avoir le label Village Étape. « Des panneaux invitent les automobilistes à s’arrêter (…) et cela nous permet de capter un flux important. C’est une machine à cash. » Joinville fait partie du programme « Petite ville de demain » ; « nous l’avons utilisé au mieux, comme effet levier auprès du département, de la Région… »
Aidé par la Région, il a recruté un manager de centre-ville pour organiser et rationnaliser l’aménagement marchand. Un allié et un rouage de choix.
Plus à l’est, recruté par la collectivité de Thaon-les-Vosges pour pallier la vacance commerciale, Cédric Bernardin, manager de centre-ville, avait en quatre ans pourvu 80 % des activités identifiées qui manquaient. Très attentif à leur pérennité, il veille à ce que les entrepreneurs soient accompagnés dans leur parcours (mairie, CMA, CCI, services de la communauté d’agglomération d’Épinal…).
Le dialogue administrativo-(dé)centralisé, la plaie
À une autre échelle, le dialogue des maires avec l’écheveau administratif qui les entoure n’est pas toujours aisé. Les intercommunalités (communautés de communes, métropoles…) ont des compétences propres, parfois partagées ou transférées (les élections municipales détermineront leur gouvernance). Les maires y perdent leur latin… et des politiques commerciales efficaces ; « qui fait quoi, comment, on perd du sens… L’argent consacré au commerce se répartit entre la communication, les animations... », marmonne Bertrand Ollivier. Pour lui, l’enjeu de la prochaine mandature sera de « réfléchir autrement » avec la communauté de communes. De plus, un fossé s’est creusé entre le « national » et le « local ».
En novembre dernier, le ministre des PME, du Commerce, et de l’Artisanat, Serge Papin, a présenté neuf propositions pour redynamiser le commerce de proximité, qui prolonge notamment le programme Petites villes de demain. Sur le terrain, ce dernier est pourtant perçu par un maire concerné comme du « one shot » : « Il n’y a pas de recul. Il n’y a pas de préparation, pas de suivi, de diagnostic. Comment peut-on progresser ? (…) On nous vante la Banque des territoires, qui nous propose des prêts plus chers que les banques classiques… »
Cette absence de constance et de clairvoyance de l’État, Olivier Urrutia l’attribue au « renouvellement permanent, non seulement des équipes mais des ministres eux-mêmes », mais aussi à la loi de 2014, qui a mis fin à la possibilité de cumuler un mandat exécutif local avec un mandat de parlementaire ; « il y avait une articulation entre les deux qui faisait exister le local dans le national. » Une faille dont les Français ont bien conscience. 79 % d’entre eux estiment qu’il faudrait donner plus de pouvoir aux collectivités locales face à l’État*.
*Baromètre de la confiance politique du Centre de recherches sur la vie politique (Cevipof) 2026.
Commune aux petits soins
Par le biais de la plateforme Comm’une Opportunité, conçue pour mettre en relation entrepreneurs en demande et collectivités territoriales en recherche, la fleuriste Christelle Paillard a changé de région et de vie en moins de trois mois. « Elle était dans une commune avec laquelle le dialogue était difficile, cela faisait des mois qu’il y avait des travaux importants… », explique Alexandre Salaün, président de la plateforme. À Bais (Ille-et-Vilaine), ce fut l’inverse. « Ce qui m’a convaincue, c’est la motivation de la municipalité, j’ai rencontré d’autres commerçants et le logement proposé, au-dessus du commerce, traduit bien la volonté de faciliter l’installation de quelqu’un. » www.commune-opportunite.fr
Photo : Municipales©Titouan Bouillon
TPE et municipales selon le baromètre Fiducial
>55 % des patrons jugent que les engagements pris par la municipalité au moment de son élection en 2020 ont été plutôt tenus, un score en forte baisse (-19 points) par rapport à janvier 2014 (74 %).
>Plus la commune est petite, et plus le travail accompli par la municipalité est apprécié (72 % en commune rurale contre 62 % en moyenne générale).
>Plus de 7 patrons sur 10 (71 %) déclarent être certains d’aller voter aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains (+ 7 points par rapport à janvier 2014).
(Source : Baromètre de conjoncture Fiducial des TPE - 4e trimestre 2025 - Bilan et perspectives 2026 avec focus sur les Municipales 2026).
Domaines dans lesquels la municipalité devrait agir prioritairement :
>78 % des patrons citent en premier l’emploi et le développement économique (vs. 86 % en octobre 2013), 75 % la sécurité des biens et des personnes, 74 % l’éducation.
(Source : Baromètre de conjoncture Fiducial des TPE - 4e trimestre 2025 - Bilan et perspectives 2026 avec focus sur les Municipales 2026).
Les enjeux déterminants du vote aux élections municipales 2026 :
>44 % des patrons de TPE indiquent en premier lieu la fiscalité et les impôts locaux (vs. 48 % en janvier 2014), suivi par la sécurité des biens et des personnes (35 %, +7 points vs. janvier 2014), devant l’emploi et le développement économique (30 %, -22 points vs. janvier 2014).
(Source : Baromètre de conjoncture Fiducial des TPE - 4e trimestre 2025 - Bilan et perspectives 2026 avec focus sur les Municipales 2026).
Repères
>L’Association des maires de France déplore un budget 2026 marqué par « un prélèvement budgétaire de plus de 2 Mds€ sur les collectivités » auquel s’ajoutent d’autres dispositions portant le total des mesures qui pèsent sur elles « à plus de 5 Mds€ » (février 2026).
>Les Français plébiscitent l'économie de proximité : les artisans recueillent un taux de confiance de 84 %, les PME un taux de 80 %. (Source : Baromètre de la confiance politique du Cevipof, 2026)
>Les Français fixent leur seuil de confort à moins de 30 minutes pour leurs achats alimentaires, vêtements ou loisirs, tous modes de transport confondus. (Source : Étude YouGov pour Catella France, janvier 2026)