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Le ras-le-bol des TPE-PME prises en otage

, mis à jour le 28/09/2026 à 14h52
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colere

À la veille des débats concernant le budget pour 2027, qui seront suivis par ceux des élections présidentielles, les dirigeants de TPE-PME réclament une chose : de la visibilité. Qui ne va pas sans un gouvernement qui sort de la spirale des « coups de communication » sans suivi. À force de changer les règles, investir, embaucher ou transmettre devient pour les entrepreneurs de plus en plus difficile. La première entreprise de France est en danger. 

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Le grand ras-le-bol

« Une entreprise qui ne bouge pas est une entreprise qui recule », pose Jean-Guilhem Darré, directeur général  du SDI (Syndicat des indépendants). C’est précisément la situation des artisans dans le climat actuel. Faut-il rappeler que la situation géopolitique a entraîné la hausse des coûts du carburant, de l’énergie, des matières premières, que les Français sont inquiets et consomment moins ? La France avance au ralenti. Pour autant, « [elle] n’est pas en récession », précise l’économiste Sylvain Bersinger. Les défaillances d’entreprises atteignent 71 100 sur douze mois, un record depuis 2009* ; trois défaillances sur quatre concernent des entreprises de moins de trois salariés. En effet, « dès qu'il y a un choc, les TPE-PME le prennent de façon plus violente ; elles sont particulièrement vulnérables car elles disposent de moins d’économies pour diluer les coûts, de moins de trésorerie, dépendent davantage du crédit bancaire et rencontrent davantage de difficultés de recrutement », explique l’économiste. Vu les chamboulements à venir, 2027 ne s’annonce pas sous les meilleurs augures. 

Des annonces « pansement »
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Michel Picon, président de l'U2P.

Concernant le budget 2027**, qui sera débattu d’ici au 1er janvier, les communications gouvernementales se veulent rassurantes : il n’y aura pas d’impôts nouveaux, les aides à l’apprentissage et les financements des CFA seront maintenus, un « Pacte Papin » facilitera la transmission d’une entreprise à ses salariés, et des économies à hauteur de 54 milliards d’euros seraient réalisées (en commençant par l’État)… Michel Picon, président de l’Union des entreprises de proximité(U2P), avait rencontré le Premier ministre début septembre. « Je lui ai fait une piqûre de rappel sur la situation des TPE. J’ai attiré son attention sur la nécessaire stabilité de l’apprentissage. » L’organisation patronale a du pain sur la planche. « Le Premier ministre attend des propositions, négociées avec les partenaires sociaux, pour freiner l’hémorragie des dépenses de santé (autour de 23 milliards d’euros de déficit en 2026) et les dépenses liées aux arrêts de travail (800 millions d’économie à faire sur la branche Accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale). » Dans ce contexte, les annonces du gouvernement restent perçues comme des pansements qui cachent des blessures susceptibles de s’infecter. « Les coûts contrats***, par exemple, ne couvrent pas le coût réel des formations [de nos CFA] », pointe Joël Fourny, président de CMA France. L’apprentissage est pourtant un investissement, avec un emploi à la clé pour 70 % des jeunes dans l’artisanat. « On a trop donné aux grandes entreprises dans le cadre de la réforme de l’apprentissage et aujourd’hui tout le monde trinque, analyse Jean-Guilhem Darré ; en 2020 l’aide était de 8000 € pour un apprenti bac + 3, en 2026, elle est de 2000 € - 250 € (versés au CFA) ! En clair, nous n’avons pas droit aux niveaux bac plus 3. » Si les mesures avaient été davantage affinées, des économies auraient pu être faites ; on a préféré miser sur l’objectif du « million d’apprentis » atteint.

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Joël Fourny, président de CMA France
Effets pervers et effets d’aubaine, la bérézina

Vouloir maîtriser la dépense publique peut conduire à multiplier les dispositifs complexes et les changements de règles, qui eux-mêmes freinent l’activité (donc les recettes fiscales). Un paradoxe qui atteint aujourd’hui un certain niveau. « L’an dernier la TVA était de 20 % sur le photovoltaïque au-delà de 3 kWc. Les clients se sont dit qu’ils allaient attendre car elle passait à 5,5 % au 1er octobre selon certains critères, qui au final étaient tellement compliqués que les panneaux concernés n’existaient pas », s’indigne Nicolas Bagel, artisan plâtrier-peintre. « Ma Prime Rénov’ change tout le temps et les clients ne comprennent plus rien. (…) Les "stop and go" perturbent les filières. » L’artisanat du BTP a perdu près de 40 000 emplois en un an et demi, selon la CAPEB (effondrement du neuf, rénovation en baisse…). Ces aides mouvantes ont de plus attiré des acteurs peu intéressés par la qualité des travaux… En 2025, d’importants problèmes de fraude et de dossiers suspects sur le dispositif Ma Prime Rénov’ pour les rénovations d’ampleur ont conduit à la suspension temporaire du guichet en juin. Trop de règles, pas assez de garde-fous… C’est par exemple l’intégration dans le droit français de mécanismes issus du droit européen sur la reconnaissance des qualifications professionnelles et la libre circulation des professionnels, qui est responsable, selon les coiffeurs, de favoriser la concurrence déloyale. « Les salons qui s’installent ne sont pas contrôlés », dénonce Fabien Ruin. Les décisions manquent de mises en perspectives et ne sont pas sécurisées. 

Des politiques qui pédalent dans la semoule 
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Jean-Guilhem Darré, directeur général  du SDI

« L’exécutif veut économiser environ 6 milliards d’euros sur les pensions de retraite de base en 2027 », expose Jean-Guilhem Darré. « On sait ce qu’il faut faire, mais après il y a la question des arbitrages politiques : comment ? Le risque politique est pris, ou pas. » Les TPE connaissent le prix des crises (gilets jaunes, grèves, Covid…). La dissolution de 2024 a aussi laissé des traces, démontrées par Sylvain Bersinger : « sur l’ensemble de l’année 2024, les défaillances ont augmenté de 10 % en France contre une hausse de 5 % dans l’Union européenne. » Ainsi seuls 31 % des artisans se disent optimistes pour l’avenir de leur entreprise, contre 52 % en 2025****. Le problème n’est pas l’envie d’entreprendre (85 % des artisans se disent en effet passionnés par leur activité), c’est la capacité à se projeter. « J’ai très peur d’un budget incontrôlable et incontrôlé. (…) Je crains un projet de loi de finances rectificative (qui permet de modifier en cours d’année le budget de l’État, N.D.L.R.) et une dissolution », s’alarme Grégoire Leclercq, président de la Fédération nationale des auto-entrepreneurs (FNAE). Le gouvernement n’a plus la confiance des Français, la situation institutionnelle et politique paralyse le pays. « Avec une majorité, on prend des décisions. Sans majorité, on n’en prend pas, on essaie de faire plaisir à tout le monde et pendant ce temps-là, le déficit file, il y a une pression sur les marchés financiers, la dette, les taux d’intérêt de la BCE… », résume Jean-Guilhem Darré. Et Michel Picon d’interpeler parlementaires et responsables politiques, d’appeler au calme et à l’action : « Ne prenez pas le gouvernement en otage par des calculs politiciens et pour créer le chaos ! (…) Nous avons besoin de tempérance (…) ; il faut donner un budget à la France. La pagaille en cours depuis 2024 est aussi responsable des 70 000 entreprises parties au tapis ! » 

Ce que veulent les entrepreneurs
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Grégoire Leclercq, président de la FNAE.

Les représentants des TPE-PME ne manquent pas de propositions pour relancer l’activité. Le BTP est en souffrance et Michel Picon avance la nécessité d’une TVA réduite à 5,5 % pour les travaux de rénovation énergétique. De plus, la refonte du cumul emploi-retraite du PLFSS 2026, applicable au 1er janvier 2027, doit selon lui être abrogée (la pension des retraités qui poursuivent une activité entre l’âge légal et 67 ans sera réduite de 50 % des revenus dépassant 7000 € par an) ; « le pays a plus besoin de gens qui travaillent que de gens qui ne travaillent pas ! », s’offusque-t-il ; une ineptie qui favorisera en outre l’économie dissimulée. Pour éviter la hausse mécanique du coût du travail, le SDI propose d’indexer les dispositifs d’allègement de cotisations patronales sur l’évolution des salaires ; le syndicat prône même  le « zéro charge » pendant un an ou deux, sur un premier emploi ; « cela ne coûterait pas très cher (allègements sur les bas salaires) et serait un élément déclencheur. » Pour davantage d’égalité, le SDI ressusciterait une mesure votée par l’Assemblée nationale lors de l’examen du budget 2026 qui n’avait pas survécu au 49.3 : l’élargissement du taux réduit d’IS de 15 % aux 100 000 premiers euros de bénéfice des PME éligibles (versus 42 500 € aujourd’hui). Sans suivi dans le temps, tout cela ne serait néanmoins que du vent. Car ce que demandent avant tout des organisations patronales et professionnelles interrogées, c’est bien de la stabilité, à tous les étages : fiscal, réglementaire, soutiens apportés (visibilité sur plusieurs années)… Pour Sylvain Bersinger, c’est la « condition sine qua non de [la survie des petits entrepreneurs], et de la croissance. » 

*Altarès ; Défaillances d’entreprises en France : 1er trimestre 2026.

**Projet de loi de finances (PLF) et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), dont les textes seront présentés fin septembre et début octobre.

***Montants versés par les OPCO aux CFA pour financer la formation des apprentis.

****Baromètre de rentrée de CMA France.

>Moins d’un dirigeant sur trois considère qu’au moins un des candidats déclarés à ce jour est à la hauteur des enjeux du pays et des problématiques des très petites entreprises.

(Source : SDI, Baromètre des TPE du deuxième trimestre 2026, juin 2026).

>424,5 milliards d’€ : montant en 2025 des prélèvements obligatoires sur les entreprises, intégrant à la fois les cotisations sociales, les impôts dits de production et ceux assis sur les bénéfices. 

(Source : Rapport d’information du Sénat publié le 2 septembre 2026).

>66 % des dirigeants estiment que leur entreprise se fragilisera, rencontrera de sérieuses difficultés ou fera faillite si rien ne change au cours du prochain quinquennat.

(Source : Medef/OpinionWay, « Mobilisation des Entreprises de France - Cap sur 2027 », août 2026).

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