L'Atelier des chefs : l'autre pays de l'apprentissage
C'est au théâtre Mogador à Paris que l'Atelier des Chefs a remis pour la cinquième année ses diplômes à l'ensemble des ses apprenants qu'ils soient alternants, apprentis ou simplement en formation de reconversion. Particularité de cette société privée : une formation essentiellement à distance. Concurrence ou complément des formations classiques. Décryptage avec l'un de ses fondateurs, Nicolas Bergerault
Comme la Hollande est l'autre pays du fromage, l'Atelier des chefs, c'est un peu l'autre pays de l'apprentissage. Cette entreprise privée, dirigée par Nicolas Bergerault, forme chaque année des milliers d'alternants, apprentis ou simplement de jeunes ou moins jeunes qui veulent se reconvertir et dégainer leur CPF. Particularité : la plupart de ces formations se font à distance, par visio, mais sont sanctionnées pour autant par un vrai examen, avec un taux de réussite plutôt coquet puisqu'il tutoie les 97 % et 90 % pour les apprentis. Alors, tous les étudiants de l'Atelier ne passent pas l'examen, un sur deux seulement, mais tous suivent la formation. « Nous allons nous assurer que, si vous êtes en formation chez nous, vous irez bien au bout de la formation, parce que si vous ne le faites pas, nous ne sommes pas payés ! » rétorque Nicolas Bergerault. Cette entreprise, née en proposant des stages de cuisine, d'où le nom d'Atelier des chefs, s'est heurtée au Covid, d'où l'idée de passer à la formation à distance et à d'autres univers que la cuisine. Quelques années plus tard, l'Atelier des chefs est devenu une ETI (entreprise de taille intermédiaire) de 263 salariés, réalisant un chiffre d'affaires de 35 M€, formant des milliers de personnes chaque année et couvrant 37 métiers, dont 70 % sur la base de CPF et 30 % d'apprentis, 600 en 2026.
Les apprenants créent leur atelier
Comment peut-on former un apprenti à distance ? Nicolas Bergerault, rompu à cette remarque, rappelle que, pour les alternants, la partie pratique se passe en entreprise, l'Atelier se chargeant de la théorie. Pour les formations en CPF, la partie pratique est réalisée par l'étudiant chez lui et contrôlée par le professeur. Et de nous montrer des étudiants en électricité qui ont monté chez eux un panneau en plaque de plâtre sur roulettes et réalisent le montage demandé dessus, puis le font rouler dans le placard quand le cours est terminé. C'est la débrouille, mais les TP existent bien. Quand on objecte qu'en cuisine, c'est difficile pour les profs de ne pas pouvoir goûter, il rappelle que ce qui compte pour un futur commis, c'est la préparation et le dressage, et que c'est quand l'apprenti sera en cuisine que la subtilité du goût lui sera réglée par son chef.
Formation des CMA : Complémentaire mais pas concurrent
Nicolas Bergerault a décidément réponse à tout. Mais ce soir, au Théâtre Mogador, lors de sa 5e édition de remise de diplômes festive auprès de plusieurs centaines de personnes, en présence de grands chefs et de Catherine Roland, présidente de la Société des Meilleurs Ouvriers de France, il faut bien avouer que c'est un triomphe. Et il la joue modeste ! Il explique même que si un jeune dans sa famille veut devenir artisan, il lui conseillera d'aller s'inscrire à un CFA de la chambre des métiers voisine. Il ne veut en aucune manière concurrencer les chambres des métiers, estimant qu'il y a de la place pour tout le monde. La sienne est celle d'un formateur en ligne qui accueille des étudiants d'une vingtaine d'années qui veulent bifurquer, se consacrer à un métier manuel sans passer par un CFA au milieu d'enfants de 15 ans, ceux qui ne trouvent près de chez eux qu'une formation de mécano alors qu'ils veulent devenir charcutiers, et qui n'ont pas les moyens de se loger à 100 km. Et il rappelle même travailler déjà avec certains CFA… Côté CMA France, sous le manteau, on nous explique que ces formateurs privés ont des objectifs de profit bien légitimes, jusqu'à privilégier des formations à la mode, mais que la mission des chambres consulaires est différente. Les deux parties s'accordent à dire en revanche qu'il existe des brebis galeuses dans la formation qui font mal à tout le monde, et que l'avenir est aux métiers de la main, qu'il y a un véritable changement dans la considération qu'ont les parents pour ces métiers nobles. S'ils sont d'accord pour dire que la vague est là, peut-être trouveront-ils un moyen de la surfer ensemble ?